Aux confins de la terre et du temps, à la recherche de Guéronde. Ce petit village proche d’Antoing a été broyé par une des plus grandes carrières d’Europe, profonde de 170 mètres. En 1960, le hameau comptait 287 habitants, une centaine de maisons, des fermes et des boutiques. Tout a disparu. Sauf les hommes et les femmes qui saluent aujourd’hui la mémoire du lieu où ils bâtirent leurs vies et qui a été détruit par l’industrie qui leur a donné du travail. Retour sur une histoire universelle.

 

Auteur : Marcel Leroy
Illustrateur : Lander Daniëls
Rubrique : d’ailleurs
Retrouvez Cet Article dans le numéro 8

Making Of

Guéronde m’a fait signe…

Devrais-je me lancer sur la piste de Guéronde? La question me titillait, après avoir parlé ou échangé des mails avec Catherine, de 24h01. Elle m’avait envoyé le film de No Télé en pièce attachée. Après l’avoir vu à plusieurs reprises, j’ai compris que le hameau disparu me faisait signe et que je ne pourrais imaginer me défiler. Et puis j’avais lu le papier de Dominique Watrin sur les Forges de Clabecq, avec ses illustrations me ramenant à des souvenirs de reportage. Je me suis dit que cette approche, au départ d’un film, était attachante. C’était une manière de revenir sur les traces d’un passé récent, avec une mise en perspective méritée. Grâce au documentaire de No Télé, réalisé avec humanité, j’ai découvert le travail du foyer socio-culturel d’Antoing, mené durant plusieurs années avec des vétérans de Guéronde, les témoins rencontrés grâce au film. Il est inséré, sous forme de DVD, dans un livre reprenant toute la saga de ce coin de terre qui a disparu. Un beau livre, avec une mise en page soignée, un contenu chargé d’émotion. Universel. Dans le film, j’avais aussi recoupé la trace du journaliste Philippe Dutilleul. Un copain des années de Nord-Eclair et d’après, quand il démarrait à la RTBF Mons. Philippe, qui vit désormais loin de la Wallonie picarde, a répondu à mon mail et donné envie d’aller sur le terrain, comme toujours. Philippe, permettez-moi d’ insister, évoque Guéronde avec lucidité. Quand on parle du bon vieux temps, dit-on la vérité ou relaie-t-on de la nostalgie? Il ne tranche pas, invite à la réflexion. Observe. Guéronde est un signal d’alarme, nous rappelle que l’environnement confronté à l’activité humaine est en souffrance. Faut dire que Dutilleul est un sacré journaliste. Au foyer socio-culturel, je suis tombé sur Martine Host, la personne qui a mené le projet de bout en bout. Après m’avoir refilé le mail de Philippe, elle m’a informé du fait que j’étais un veinard, car le samedi 1er avril, une journée reposant sur des activités de création était organisée à Antoing. Cet après-midi là, j’ai applaudi des comédiens dans une évocation de Guéronde et de sa vie quotidienne; écouté un pianiste originaire de Guéronde jouer du Lizst au bord de la route de Ramecroix; observé la carrière aux jumelles, entendu une dame dire une histoire d’autrefois qui se déroulait à Guéronde, assisté à un concert dans un hangar de ferme. Une harmonie a interprété, avec des dizaines d’instruments, une ode à Guéronde, tandis qu’une artiste peignait une toile, en direct, sous les regards des gens.

En écrivant, je réalise n’avoir pas cité le nom de ces artistes. Comme j’en ai l’opportunité, un peu comme à l’époque où on ne comptait pas les signes dans les papiers de locale, j’y vais. Alors voilà: Hélène Becq et l’atelier ont présenté “Là où je vis, d’où je viens” à côté des voies. Marc Myle a exposé ses portraits photographiques des gens de Guéronde dans le tunnel sous la gare. Tanguy Catoire a interprété “La Vallée d’Obermann” de Franz Liszt au bord de la route de Ramecroix. Dimitry Vazemsky a posé sur le sol à côté du gouffre de la carrière ses mots en forme de sculptures. Edemple, “Imaginez sous vos pieds le vide”. Viviane Desmarets a raconté l’histoire du morceau passé par le trou à tarte. Benoît Chantry a dirigé l’harmonie de la Concorde pour sa composition “Le Vert et le Gris”. France Everard a peint Guéronde en mesure avec la musique. Surtout, chemin faisant, lors de cette balade, au milieu d’un groupe où chacun se sentait accueilli, des inconnus m’ont fait rencontrer un lieu de vie qui s’est effacé de la réalité. Qui par un étrange effet de boomerang, semblait plus présent que jamais. Car la force des paroles était plus tangible encore que les pierres jalonnant le chemin. Allez, basta, je vous le répète: Guéronde m’a fait signe et j’ai essayé de lui répondre.

Marcel Leroy

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