Le jumpstyle en pleine lumière

2017 OCTOBRE 10

 

Les onze danseurs de LA(HORDE), de jeunes amateurs de « jumpstyle » venus de toute l’Europe, faisaient l’ouverture de la Biennale de Charleroi Danses, mercredi 27 septembre. Au-delà des stéréotypes souvent rattachés aux danses de rue, on découvre une chorégraphie rigoureuse, composée de sauts et de jeux de jambes complexes, que l’on voit rarement sur la scène contemporaine.

Par Élise Lonnet

Ils portent des vestes bariolées et des baskets fluos qui brillent à la lumière des néons. Ils affichent comme une attitude de défi dans leurs démarches. Ils n’ont qu’une vingtaine d’années, pratiquent la danse en amateur et pourtant leur chorégraphie est digne de professionnels.

Les onze « jumpers » de LA(HORDE), un collectif international de danseurs, font d’abord naître une musique par le martèlement de leurs bonds, le crissement de leurs baskets, leurs chuchotements énigmatiques. Une énergie contagieuse, puisque nous sommes plusieurs à taper du pied dans le public. Un rythme de techno cadencé retentit alors : « Harcore to the bone », peut-on entendre. Les chuchotements deviennent des décomptes. Les danseurs se déplacent en groupe avec énergie, leurs jeux de jambes sont d’une cohésion surprenante.

Kung Fu et danse classique

Le fond noir et l’éclairage en douche permettent une décomposition des mouvements de leurs bras et de leurs pieds. Les visages disparaissent pour laisser place au corps, cœur de la chorégraphie. Peu à peu, les danseurs se détachent du groupe pour évoluer individuellement. Dans leurs mouvements, on décèle les inspirations et pratiques liées à leur parcours personnel. Tout d’abord les arts martiaux que l’on retrouve dans les coups de pieds vifs et les saluts. Mais aussi un peu de danse classique, qu’on perçoit dans les piqués et les mouvements rotatifs. Enfin, un clin d’œil à la danse russe, lorsque tous s’alignent et enchaînent des levés de jambes impressionnants.

 

(c) Tom de Peyret

Le spectacle « To Da Bone » a été pensé en plusieurs parties qui nous permettent de comprendre, au-delà de la pratique, l’état d’esprit du jumpstyle. Les danseurs se comportent parfois comme dans la rue ou dans un entrepôt. On entre dans l’intimité de leur entrainement quotidien. Tour à tour, ils s’encouragent ou se font enrager. Honnêtes face au public, ils ne cachent pas leur fatigue et leur essoufflement en s’étalant par terre. Ils finissent par confier des bribes de leur passé face à une caméra située sur scène : « J’ai commencé seul dans ma chambre, progressivement j’ai pris confiance », raconte l’un deux.

Le jumpstyle, de la rue à YouTube

Né en Belgique et aux Pays-bas dans les années 1990, le jumpstyle se danse dans les boîtes électro, sur une musique dite hardcore. Quelques amateurs postent leurs enchaînements sur YouTube pour partager leur passion avec leur communauté. Les danseurs solitaires se regroupent, ils passent de leur chambre à la rue : c’est la naissance des « jumpers » post-internet.

(c) Tom de Peyret

Aujourd’hui, ils ne se contentent plus de la rue pour danser, ils montent carrément sur scène. LA(HORDE) est un collectif fondé en 2011 par trois amis français, Arthur, Marine et Jonathan. Pour ce spectacle, ils se sont associés à huit autres danseurs d’une vingtaine d’années, venus de neuf pays dont l’Allemagne, la Pologne, le Portugal, l’Ukraine ou encore le Canada. En janvier 2017, ils ont été accueillis en résidence pendant deux semaines aux Ecuries de Charleroi. Sur place, dirigés par Annie Bozzini, ils ont entamé la création de To Da Bone.

Participer à la Biennale a permis à LA(HORDE) de faire connaitre une forme de danse rarement visible sur scène. Ils ont eu le cran de présenter, en ouverture d’un festival contemporain, une forme d’expression en marge de la culture majoritaire, avec une grande maturité artistique et une rigueur chorégraphique saisissante.

(LA)HORDE – TO DA BONE (en résidence à Charleroi danse) from Charleroi danse on Vimeo.

LA(HORDE), Biennale de Charleroi Danses, du 27 septembre au 14 octobre 2017 aux Ecuries de Charleroi, mais aussi à la Raffinerie à Bruxelles.

Plus d’infos : http://www.charleroi-danse.be/

 

 

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