La presse sur les planches

2017 MAI 05

Ce mercredi 3 mai, à l’occasion de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse, Live Magazine est monté sur scène à Bozar. Au programme : 60 minutes d’actualité racontées en direct. Ni capté, ni enregistré, ce moment suspendu n’appartient qu’aux spectateurs.

(c) Jessica Hiltout

Par Éloïse Pirard (st.)

Lumière tamisée, ambiance feutrée, on entend à peine les chuchotements impatients des spectateurs. Sur scène, une dizaine de silhouettes se distinguent tout juste dans un liseré de lumière. Bientôt des notes s’envolent et captent l’attention de toute la salle. Nous ne savons pas ce que nous allons voir, mais nous allons vivre une expérience.

Rana Moussaoui, la chef adjointe du bureau de l’AFP à Beyrouth, se tient droite au milieu d’une scène qui semble maintenant trop vaste pour elle. Première à prendre la parole, elle intervient dans la partie internationale de ce journal vivant. Elle a passé les six dernières années de sa vie à couvrir la guerre en Syrie et a décidé de nous raconter, ce soir, un fragment de cette réalité. Cette histoire n’est pas la sienne, ou pas entièrement. C’est celle de son correspondant à Alep, Karam al-Masri. Le récit d’un homme qui a tout perdu et qui se demande pourquoi continuer à vivre.

Rana Moussaoui raconte les souvenirs poignants de ses échanges avec Karam al-Masri, à travers leurs messages, des photos, parfois brutales, et des mémos vocaux, souvent angoissants, lorsqu’ils couvraient tous les deux la guerre en Syrie. Une histoire qui nous avale, nous recrache et nous laisse interdits.

La journaliste s’éclipse et fait place à d’autres orateurs, d’autres thématiques et d’autres ambiances. À travers une présentation ludique, ponctuée d’effets sonores et d’une projection évolutive, on écoute l’aventure d’une intox sur la Toile et la difficulté de rétablir la vérité. Interlude musicale, ou plutôt jingle, on ne sait pas trop. Nous sommes désormais dans les pages « investigation » du magazine et nous suivons l’enquête fouillée d’un reporter à qui on ne la fait pas ! Simon Marks parle de la création d’un mythe : celui de Somaly Mam, militante cambodgienne contre l’esclavage sexuel en Asie, qui aurait triché sur son passé. Il dénonce la reconnaissance internationale de cette personnalité basée sur des mensonges.

Rythmées, les présentations s’enchaînent aussi bien que les sentiments du public. Tantôt affectés, nous sommes ensuite amusés. Documentaristes, photographes, artistes : tous s’emploient à nous charmer. Un pied dans le journalisme, l’autre dans la dramaturgie, les deux dans l’expérimental. La salle exulte à chaque blague acerbe lancée à l’adresse de Donald Trump. Dans une journée placée sous l’étendard de la liberté de la presse, la raillerie sonne comme une revanche.

« Les paroles s’envolent, les écrits restent », paraît-il. Mais ce Live magazine, ce journal qui respire, tourne le dos aux soucis d’archivage de notre société actuelle en se privant de tout enregistrement. Le spectacle se clôt doucement sur une performance artistique qui fait virevolter des avions en papiers. Poétique allégorie de la liberté. Groggys, nous sortons péniblement de cette bulle atemporelle et ouateuse.

 

Pour suivre l’actualité de Live Magazine et retrouver leurs prochaines dates en Belgique, rendez-vous sur leur site : http://www.livemagazine.fr

 

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