L’apnée en profondeur continue de faire peur. Trop de morts, trop de mystère. Pour Inge Verbruggen et la nouvelle génération d’apnéistes qu’elle incarne, ce n’est pourtant rien d’autre qu’un yoga aquatique de plus en plus populaire. Au printemps dernier, elle a quitté son échoppe de bijoux près d’Anvers pour s’entraîner trois semaines à l’est du Sinaï, dans un ancien village de bédouins aux allures de Torre Molinos décrépit. Avec la volonté de battre deux records de Belgique à l’issue de son séjour. En silence.

Auteur : Quentin Jardon
Photographes : Wendy Timmermans, Franck Seguin,
Fredrik Naumann
Rubrique : D’ici et d’ailleurs
Retrouvez Cet Article dans le numéro 9

Making Of

Comme beaucoup, j’avais deux rapports avec l’apnée : celle que je pratiquais pour le fun dans une piscine, avec mes frères ou chez les scouts, passe-temps qui m’avait un jour amené à rester 3 minutes la tête enfoncée dans une bassine d’eau ; et celle à laquelle j’avais assisté dans Le Grand Bleu, film qui étrangement m’a marqué à vie. Etait-ce le halo de mystère qui entoure la quête des abysses ? L’esprit de compétition qui anime Enzo et Jacques, les deux héros ? Leurs pulsions presque suicidaires à vouloir battre le record de l’autre ? Et puis cette femme enceinte qui attend à la surface le retour de l’homme qu’elle aime, quand celui-ci est occupé à mourir avec les dauphins ? Toujours est-il que sans la connaître, j’étais fasciné par cette discipline.

J’ai alors commencé à me renseigner. J’ai appris que c’est un sport qui, d’une part, souffre de nombreux préjugés, d’autre part est en train d’évoluer vers une pratique plus méditative, dans l’air du temps. J’ai lu aussi l’histoire épique, romanesque, tragique, des héros des profondeurs. Et puis, de discussions en discussions, j’ai rencontré Inge Verbruggen, une athlète belge en vue qui envisageait de battre plusieurs records de Belgique en Egypte. Toutes les conditions étaient réunies pour faire un bon reportage.

J’ai profité d’un voyage au pays des Pyramides pour suivre Inge dans sa préparation physique et mentale de la double tentative de battre des records de Belgique (dont je parle longuement dans mon article), et bien sûr pour être à ses côtés le jour J, ce qu’elle a accepté avec grand plaisir. Une fois qu’on entre dans ce milieu finalement très petit, on fait vite connaissance avec le coach, le préparateur physique, la masseuse – puis la championne d’Egypte, d’autres athlètes belges, etc. Si bien qu’en deux jours, on fait partie de la famille et on glane sans même le demander de précieuses informations sur ce sport atypique, mystique à bien des égards.

J’ai poussé l’expérience immersive jusqu’à participer à une initiation : 1 h de théorie, 2 h de pratique. Une descente à – 12 m de profondeur. Seuil du freefall atteint, mais j’étais encore loin de ces profondeurs où la narcose produit ses effets. En remontant, on découvre 12 m d’eau au-dessus de soi, la surface paraît déjà loin : il ne faut pas tellement d’efforts pour avoir le sentiment de s’être retiré du monde.

De retour en Belgique, j’espérais obtenir un soutien financier pour pousser la démarche journalistique plus loin : retourner à Dahab suivre les nouvelles performances d’Inge, rencontrer de nombreuses personnalités belges de l’apnée, accompagner des sportifs en carrière en Ardenne, etc. Faute de ce soutien, j’ai dû écourter mes efforts, mais j’avais déjà amassé suffisamment de matière pour en faire un texte consistant. J’ai encore rencontré quelques pionniers de l’apnée en Belgique, avant de me plonger, presque six mois après mon immersion en Egypte, dans la rédaction d’un article que j’ai pris énormément de plaisir à concevoir.

Quentin Jardon

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