Illu-site-Mons
Numéro Hors-série Mons

 

La neige du futur

La neige à Mons n’est pas la même qu’ailleurs. Elle déboule un soir de janvier : dans la rue de la Poterie, des draps blancs pendus comme le linge se mettent à danser par dizaines au-dessus de nos têtes, projetant d’une façade à l’autre des visages de Montois les yeux clos. De toutes parts, les paroles de Tombe la neige d’Adamo résonnent dans des langues exotiques, nordiques, rudes, chantantes… Aucun flocon venu du ciel, pas besoin de ça pour s’émerveiller : l’émotion prend aux tripes dans cette ruelle qu’un soir d’hiver, on emprunterait d’un pas fuyant. Emmitouflés dans nos doutes.

Mais voilà que des choses rarement vues dans la Cité du Doudou allaient investir l’espace public dès la fête d’ouverture de Mons 2015 : spectacles et démonstrations, saynètes intimes, édifices nouveaux, rencontres improbables, manifestations guillerettes, et puis surtout du monde – Montois, Borains, Belges, touristes. Des gens en masse qui invitent les derniers habitants claquemurés à sortir le nez dehors pour participer à l’agitation. Ailleurs en Europe, des hommes à la dérive sèment la terreur dans ce même espace public, détruisant en quelques minutes ce qu’une société a pris des siècles à mettre en place : l’insouciance. L’émergence de l’organisation État islamique donne alors le sentiment d’un recul – on met en veilleuse nos défis du futur pour défendre de vieux acquis comme la liberté de danser dans une salle de concert. En réalité, cette sinistre confrontation, par l’onde de choc qu’elle provoque, solidifie notre socle composé de quelques valeurs essentielles. Valeurs dont on oublie parfois la vitalité à cause de nos vies effrénées, du stress, de la routine, de nos faiblesses… La culture sert de piqûre de rappel. C’est l’une des meilleures armes contre l’obscurantisme. Surtout quand elle se veut participative, accessible, plurielle, partout : des centaines de milliers de personnes y auront goûté, d’une manière ou d’une autre, dans le cadre de Mons 2015. Moderne même, la culture, quand elle se mâtine de numérique, dévoilant ses contours à venir, ceux de l’interconnexion, des échanges sans coût ou sans dommages collatéraux. Ce qui nous paraissait être un retour en arrière devient alors un fantastique bond en avant.

Entre nous, c’est parti d’un clin d’œil du calendrier. Ce soir de janvier où la neige d’Adamo tombait sous forme d’hébétude, c’était le 24 du mois – le 24/01 – lors de la fête d’ouverture. 24h01 et la Fondation Mons 2015 se sont mis autour de la table : il fallait transformer cette coïncidence en opportunité. Notre revue s’est facilement identifiée aux idéaux poursuivis par la Capitale européenne de la Culture, tout comme Mons 2015 s’est reconnue dans la démarche journalistique de 24h01 : la « belgitude », l’optimisme, l’exigence, la volonté d’aller de l’avant, de construire, de bousculer. Nous voulions être le témoin des combats de Mons 2015, avec comme d’habitude un regard libre et inventif porté sur des histoires vraies. Ainsi est né notre premier numéro hors-série, sorte de bouquin d’héritage, de mémoire tourné vers l’avenir, un produit journalistique qui laisse sans cesse cette question en filigrane : la renaissance, oui ou non ?

Pour renverser les codes, il suffit parfois de mettre un panneau de signalisation à l’envers. Avec MONS, ça donne SNOW. Comme la neige quand elle couvre une ville grisonnante de son manteau : tout est neuf, tout est possible.

Quentin Jardon
et toute l’équipe de « 24h01 »

UNE VILLE QUI SPITTE !

Mons s’ouvre. Pas comme l’huître révélant sa perle. Depuis des années, la ville aux remparts successifs abat des murs plus sournois : manque de confiance, fausse fatalité qui pesait sur les esprits depuis la fin de l’ère minière, nostalgie de périodes fastes (dont sa Renaissance artistique et la révolution industrielle où un géographe comparait Mons-Borinage à l’aune de la France entière). La jeunesse d’ici retrouve son essence :

l’espièglerie. Le Montois est espiègle intrinsèquement, comme son Ropieur de bronze qui arrose les passants. Victor Hugo parla d’une ville au «génie extravagant».

Toute cette énergie, la revoilà qui « spitte » ! Ce qui veut dire « pétiller, éclabousser » ! En soient témoins les musées, le Café Europa, les nouvelles technologies. Et la Fondation Mons 2015. Qu’importent esprits chagrins, caciques, passagers fragiles ! J’ai vu de l’intérieur cette ruche d’idées, la pression et la passion ensemble, des jeunes surtout, leur envie d’en découdre, pas de repriser, de créer l’événement sans la gloriole. Le mot « avenir » frémit sur toutes les lèvres. Qui sait quelle phrase il engendrera ? Mais qu’il frémisse ainsi est la promesse d’un autre langage. Nous avons la parole.

Carl Norac
Écrivain Montois

Une ville qui spitte

Pourquoi une capitale européenne ?

Hors contexte :
Patrice Leconte : « Mons m’est apparue plus épanouie »

La chronique :
Lointains échos de la grande clameur

Sens dessus dessous :
Je suis venue et j’ai rien vu

Le smartphone de Jean-Paul Lespagnard au scalpel

Rêveries de Montois…

Ricochets :
D’un bout de Phrase à l’autre

Mémoires de poire :
De gloires en tragédies, le fruit le plus apprécié de la région raconte mille ans d’histoire à Mons et environs

La dalle d’idéal :
Supporters ou en marge de Mons 2015, de quoi rêvent les jeunes du coin ?

Des musées et des hommes :
Qui se cache derrière les nouveaux musées de la Cité du Doudou ?

Risque zéro :
De la fête d’ouverture au bal de fin d’année, les policiers n’ont jamais relâché leur vigilence. Dans un contexte international pas très favorable…

Ciel de fête :
De gloires en tragédies, le fruit le plus apprécié de la région raconte mille ans d’histoire à Mons et environs

Utopies en kit :
Au Café Europa, on enseigne le numérique à qui veut l’apprendre. Et on prépare, mine de rien, la « Troisième Révolution Industrielle »

C’était pas dans le programme :
Accidents, visites surprises, rencontres inédites : florilège de quelques imprévus qui auront émaillé Mons 2015

En chair et en os :
Manger Mons, dormir Mons, respirer Mons… La vie particulière des ambassadeurs de l’année capitale

Flâneurs ! :
À la Guinguette, on a voulu sortir le mot « littérature » de sa prison de préciosité. En ramassant un texte comme on ramasserait un caillou…

Bande-Son :
Douze mois de bruits et de silences, de l’Alhambra au parvis de Sainte-Waudru

Extra extra muros :
Au-delà des remparts de la Cité du Doudou, 18 villes et 22 institutions ont participé à la fête. Le partenariat plutôt que le repli sur soi ?

Course en coulisses :
Organiser une capitale européenne de la culture rend-il fou ?

Escale dans une ville inconnue :
Trois artistes de Londres, Tokyo et Casablanca racontent en dessin leur rencontre avec Mons

Le grand dépoussiérage :
Pilsen, l’autre capitale européenne, n’avait pas la réputation en Tchéquie d’être une mangeuse de culture. Chiche ?

 « J’ai besoin d’être bombardé par l’énergie de l’autre » :
Grand entretien avec Wajdi Mouawad

Le nez de Cléopâtre :
« Celui que les dieux aiment meurt jeune »

“Where business meets culture”