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Numéro 04

EDITO

UN NOUVEAU CONTRAT L’histoire d’amour entre la presse écrite et la publicité tourne au vinaigre. Voilà le nœud de ce qu’on a pris l’habitude de considérer, à tort sans doute, comme une crise majeure. Sur la Toile, les sites des médias sont loin de monopoliser le «temps de cerveau disponible» des internautes: Google, Facebook et consorts monétisent leurs pages beaucoup plus cher qu’eux. Sauf exception majeure comme Mediapart, les contenus, souvent gratuits – ou, s’ils sont payants, rarement achetés – rapportent à peine de quoi faire tourner le chauffage des rédactions et dissuadent une partie des consommateurs d’actu d’acheter un journal puisque, selon un raccourci largement répandu, «tout est dispo gratos sur Internet». C’est ainsi que l’audience numérique des titres de presse ne compense pas les pertes accusées par le papier, dont le lectorat (et, avec lui, une pub print plus lucrative qu’en ligne) s’érode jour après jour.

Pour courir après des recettes fantômes, la politique dominante consiste depuis longtemps à sacrifier une part de la valeur ajoutée du métier de manière à obtenir un taux de visiteurs uniques rentable, si possible sans délier les cordons de ses maigres bourses. Vaste illusion… Les internautes en quête d’info se gavent alors de dépêches reproduites presqu’à l’identique qu’on leur jette en pâture et se noient dans un flot de headlines appétissantes, coquilles vides dans un monde pourtant rempli de complexités à décortiquer. Où sont passés les journalistes?

Devant cet apparent cul-de-sac, le salut doit passer par la signature d’un nouveau contrat entre lecteurs et éditeurs de presse. Exit l’overdose à prix rikiki d’articles brefs et déplumés: il faut dès à présent exiger de la qualité, quel que soit le support – imprimé ou digital. Donc accepter de facto que cette qualité coûte cher en regard des tarifs pratiqués massivement jusqu’alors. Ce n’est pas un hasard si le mot à la mode chez les patrons de presse séduits par cette stratégie nouvelle, c’est désormais le contenu. Vendre au juste prix une réelle information, originale et clairvoyante, où le journaliste n’est pas un quelconque agitateur de consciences qui sévit sur les forums mais un professionnel qui se rend sur le terrain, observe avec acuité et prend le temps d’écrire des papiers enlevés. De façon à ce que la profession, socle de notre idéal démocratique, regagne la confiance du grand public…

Seule de son genre en Belgique quand le modèle fait quantité d’émules ailleurs, 24h01 pousse la logique jusqu’au bout: aucune publicité, un format long sur du papier épais, un soupçon de cette «belgitude» qu’on dit impalpable, un site internet flambant neuf alimenté par du contenu inédit, une grande plus-value apportée par des auteurs qui s’échinent à produire le meilleur d’eux-mêmes, chacun dans son secteur de prédilection – écriture, dessin, photographie, BD. Le tout sans se précipiter. Et les lecteurs s’enthousiasment un peu plus à chaque fois que paraît un nouveau numéro de 24h01, parce qu’ils ne demandent qu’à «regarder de tous leurs yeux» des histoires qui racontent la vie telle qu’elle est: vibrante. Ces histoires vraies vous tendent les bras.

Quentin Jardon
et toute l’équipe de «24h01»

 

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