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Numéro 07

La presse selon Darwin

« S’adapter ou disparaître ». C’est une vérité darwinienne qu’on débite parfois avec aplomb. Fatale, indéboulonnable. S’adapter aux nouvelles technologies ou disparaître avec son vieux Nokia. S’adapter aux assauts du populisme ou disparaître avec ses appels à l’ouverture et à la tolérance : qui vous écoutera, brave homme ? La presse, elle, doit s’adapter à des habitudes de lecture en pleine mutation, sous peine de n’être lue plus que par elle-même.

La revue 24h01 est née bille en tête, fin 2013, en réaction à cette panurgisation médiatique. Selon nous comme selon bien d’autres voix minoritaires, c’est plutôt le lecteur qui s’est habitué aux informations low cost dont on l’abreuve avec férocité et sans casser sa tirelire.

Peut-être que l’angle d’attaque de notre projet était légèrement trop obtus. Nous avons donc décidé d’adapter notre modèle économique par l’innovation. Innover, c’est bien. Ça fait de nous des gens créatifs et insoumis devant la réalité placide du marché, des éditeurs au culot sans égal qui anticipent les grandes tendances de l’époque dans leur 25 m2 tout mouillé. Moins cher et plus facile à transporter, notre désormais trimestriel contient de la pub. Six ou sept pages de pub. C’est de l’adaptation, d’accord, car ça devenait difficile de se priver de cette source de revenus. Mais c’est surtout de l’innovation : ces réclames sont un peu particulières, nos illustrateurs « maison » étant passés par là pour les redessiner. Si vous reconnaîtrez certains annonceurs, vous n’aurez jamais vu ces affiches. Un magazine qui repeint la pub à sa guise ? Avouez que ça ne court pas les rues.

Ils doivent sourire tendrement en lisant ce qu’on nomme « innovation ». Eux, les maîtres du genre, passent leur vie à secouer la norme, à fissurer notre préconception de l’existence. Les savants fous sont au cœur de ce nouveau numéro. Prenons Ignace Semmelweis, par exemple. Au XIXe siècle, cet obstétricien hongrois démontre que les femmes ne meurent plus en couches lorsque les mains des infirmières sont propres ; banni des hôpitaux et de Vienne tout entière, il achèvera ses jours dans un asile, rongé par une septicémie. Prenons l’architecte belge Vincent Callebaut : depuis quelques années, il échafaude dans son bureau des gratte-ciel sous-marins inspirés des méduses pour absorber la surpopulation mondiale. Au début, chacun pouffait dans sa barbe. Aujourd’hui l’ingénieur est écouté religieusement par l’ONU, la NASA et le Parlement européen. Dans cette histoire d’imaginations débridées, nous n’oublions pas les victimes collatérales de la digitalisation du monde, lesquelles affirment perdre la raison à cause des ondes WiFi et GSM, une dictature magnétique qui les force à habiter dans les dernières « zones blanches » de Belgique. Des marginaux délaissés par notre société qui refoule trop souvent ceux qui ne s’adaptent pas assez vite.

À présent, mignonne petite étoile belge dans la galaxie de titres estampillés « fiables », 24h01 va continuer à envoyer ses signaux tous les trois mois pour lutter contre les fake news, les alternative facts, le médias bashing, les bulles filtrantes, les polémiques instinctives, le dédain de l’autre – tous ces termes à la mode poussés dans le dos par d’étranges pantins. Sont-ils vraiment fous, eux ? Depuis les récents cataclysmes électoraux, on crie au loup : vite, lisons des journaux indépendants, honnêtes et détachés du flux bête et méchant ! Nos pages sont à vous.

Quentin Jardon
et toute l’équipe de « 24h01 »

Le mystère Kabongo
Il a mené deux vies parallèles : curé en Wallonie, assistant social en Flandre. Et fondé deux familles en même temps.

« J’étais planté devant elle comme elle l’était devant moi »
Un photographe sort de son tiroir une photo jamais publiée. Ce trimestre : Éric Bouvet.

Le Jour J
Et si la rencontre entre Léopold III et Adolf Hitler ne s’était pas passée comme prévu ?

Joëlle Scoriels : « Je suis un horrible petit soldat »
L’animatrice préférée des Belges parle de tout, sauf de télé.

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Dossier savants fous : Notre sort est entre leur main 

« Des petits cons comme moi peuvent toucher des millions de personnes »
Rencontre avec le génie des algorithmes qui s’attaque au chômage en France. Depuis son ordi.

Cellules grises
Inventeurs prodiges ou scientifiques cramés, les savants fous sont-ils vraiment fous ?

Ondes de choc
Ils se disent allergiques aux ondes WiFi et GSM. Paranos ou lanceurs d’alerte ?

À moitié fous, complètement visionnaires
Portraits de savants qu’on a pris pour des toqués. Ils ont fini par révolutionner leur domaine.

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La Russie mélancolique
Le photographe Didier Bizet a parcouru le pays-continent, de Saint-Pétersbourg à l’Oural. Il a rencontré une Russie sale, grinçante et poétique.

Tihange, nein danke
À 60 km de la centrale nucléaire belge, les Allemands craignent « eine Katastrophe ». En Belgique, on assure que tout va bien.

126 battements par minute
L’ecstasy, les platines et les soupes bio. C’est leur quotidien. Ces DJs bruxellois vivent pour la techno, un genre dont la Belgique est pionnière.

Retrouvailles au parc
Les Doms, communauté nomade méconnue, fuit le conflit syrien pour trouver refuge sous les érables anderlechtois.

Que les forges soient avec vous
Ce fut la plus grosse faillite industrielle de l’histoire de la Belgique. Ce fut aussi une leçon éclairante : les Forges de Clabecq sont toujours debout.

Salaires ambulants
Des banquiers se rendent dans les villages reculés du Congo pour payer les fonctionnaires en cash. Parfois, ils s’embourbent.

Objectif éternité
À San Diego, un zoo bizarre qui conserve les cellules de ses animaux dans de l’azote. Que faire de ces espèces plongées dans l’immortalité 

Ah, quel tabac !
Jadis, la culture du tabac assurait la prospérité de la vallée de la Semois. Aujourd’hui, il reste à peine trois producteurs. Pourquoi s’acharner ?

L’ombre de Srebrenica
Plus de vingt ans après le génocide, on marche chaque année pour la paix. Mais les tensions nationalistes refont surface