Le musée MIMA et son intégration dans Molenbeek

2017 JUILLET 13

Le MIMA, Millenium Iconoclast Museum of Art, fête sa première année. Depuis avril 2016, ce musée dédié à la culture 2.0 est installé le long du canal, dans les bâtiments de l’ancienne brasserie Belle-Vue. Si les fondateurs espèrent créer des ponts culturels, certains habitants considèrent que le MIMA n’a qu’un pied dans Molenbeek et peine à agir pour la cohésion sociale. Enquête déambulatoire.

Par Élise Lonnet

Après avoir longé les quais du centre de Bruxelles, j’aperçois des moulins à vent multicolores de l’autre coté de la rive. Je traverse le pont et j’arrive à Molenbeek. Près du canal, loin du quartier marocain, les murs sont recouverts de tags. Je croise une boutique branchée de « design abordable » et un magasin « durable ». Au bout de la rue, un peu en renfoncement, se trouve un grand bâtiment en briques. Sur la façade, des lettres noires sur fond blanc indiquent MIMA.

Raphaël Cruyt, un des quatre co-fondateurs, m’accueille dans la cafétéria du musée, colorée et lumineuse. Il précise d’emblée que l’idée n’était pas forcément d’installer le MIMA à Molenbeek. D’autres quartiers avaient été envisagés: « Le projet s’est dessiné avec le lieu, ça aurait pu être à coté du Recyclart. C’est là où la ville se développe. » Le MIMA propose un concept unique en Europe, puisqu’il est dédié à l’art urbain et à la culture numérique. C’est ce que Raphaël Cruyt regroupe sous le terme culture 2.0, qu’il préfère à street art, une expression qui s’est développée sur l’industrie du tourisme. « Pour les amateurs d’art, c’est devenu un mode de vie. Pour les professionnels, c’est rapidement devenu un marché. »

Le musée, qui abrite 1300 mètres carrés d’exposition, a vu le jour en partie grâce à une campagne de financement participatif, qui a permis de récolter 600 000 euros. La rénovation de l’ancienne brasserie a ensuite duré trois ans et l’inauguration était programmée le 23 mars 2016. Mais la veille, des attentats meurtriers frappent Bruxelles et l’ouverture doit être reportée d’une vingtaine de jours. L’enquête policière révèle que parmi les terroristes, certains sont originaires de Molenbeek. Le nom de la commune, associée au terrorisme, se répand plus que jamais dans les médias du monde entier. Loin de freiner l’énergie des co-fondateurs du MIMA, ils y voient une opportunité de changer l’image de la commune. Raphaël Cruyt se veut optimiste, il trouve même que « les collaborations se font de manière plus rapide ».

Un obstacle social chez les 18-24 ans

Le MIMA n’expose pas d’artistes molenbeekois. Le co-fondateur explique : « C’est plutôt le rôle d’un centre culturel payé par des fonds publics et pas d’un musée. Sinon on flinguerait certaines associations qui font un boulot super. » Parmi les artistes exposés, on retrouve des légendes internationales du graffiti comme Boris Tellegen (Delta), Invader ou encore Banksy. Malgré ces grands noms, Raphaël Cruyt reconnaît l’existence d’un « obstacle social ». Il sait bien que certains Molenbeekois ne franchiront pas les portes du musée. Surtout les jeunes de 18 à 24 ans, qui d’entrée de jeu ne se sentent pas concernés. Comment leur donner envie de venir ? Le co-fondateur veut éviter de paraître condescendant. Il précise que l’objectif n’est pas « d’élever les âmes de la ‘pauvre population locale’ » mais plutôt de rester accessible à tous. Il est par ailleurs investi dans la vie du quartier, ce qui semble l’avoir sensibilisé à la façon dont les relations peuvent se tisser avec les habitants. Il évoque la soirée de son club de boxe, qu’il avait organisé dans le MIMA : « Quand ça sent la charité, tu ne fais pas une soirée. L’idée c’est de se rencontrer à travers ça. A cette soirée, il y avait un mélange de gens comme on en voit jamais à Bruxelles, du fils de l’imam à la flamande, et qui font vraiment la fête ensemble, sans filtre.»

TADA, les ateliers de l’avenir

 

Le musée, qui souhaite atteindre un public jeune, accueille également des associations et écoles néerlandophones de Molenbeek en dehors des heures d’ouverture. Les espaces du MIMA se transforment et s’adaptent aux différentes activités prévues. Le centre de formation JES est un des partenaires du lieu. Lise Ute, une des animatrices, raconte : « J’ai contacté le MIMA pour que des stagiaires de groupe prévention et sécurité viennent aider en tant que stewards dans le musée au mois de novembre. Quatre personnes ont aidé à la soirée pour l’accueil, les boissons… ». Parmi les partenaires, il y a aussi TADA, les « ateliers de l’avenir ». Une école de week-end flamande qui suit 120 enfants pendant plusieurs années et organise des workshops autour de domaines professionnels. Cette année, 60 de ces ateliers étaient organisés pour sensibiliser les enfants aux métiers qui tournent autour du milieu de l’art et du musée. « L’idée c’est de les mettre en contact avec des professionnels qu’ils puissent prendre comme modèles », explique Eef Verbeke, une des professeurs. L’école a donc collaboré avec le MIMA. Trente enfants ont par exemple travaillé avec l’artiste Boris Tellegen sur l’importance de la lumière, de la position de l’œuvre. « C’était une magnifique collaboration, se souvient Eef Verbeke. Ils ont créé des graffitis et des lithographies. » Raphaël Cruyt en garde aussi un très bon souvenir : « L’énergie qu’ils ont, ces kets, c’est super.»

Dans le centre de Bruxelles ou à Molenbeek ?

Afin de se faire connaître, le MIMA multiplie les partenariats avec des centres cultures bruxellois. Le musée a par exemple participé, au début du mois d’avril, au festival « What is IT ? » dédié à la création brute avec le BRASS, le Recyclart et Point Culture.

« What is it », festival dédié à la création brute

L’occasion, pour les Bruxellois qui ont grandi de l’autre coté du canal, de découvrir la commune autrement. « Ils ont souvent grandi avec une image de Molenbeek comme étant un ghetto, regrette Raphaël Cruyt.

On leur permet de s’affranchir de leurs peurs et leurs préjugés en venant ici. » Pascal Majerus, le conservateur de la Fonderie, un musée molenbeekois dédié à l’industrie et au travail, modère les propos du co-fondateur. En effet, alors que La Fonderie est installée à Molenbeek depuis 35 ans, l’équipe peine à dépasser les 10.000 visiteurs par an. Tandis que le MIMA en a atteint 40.000 depuis son ouverture. Selon lui, ce dernier est avantagé par sa situation géographique : « Le MIMA est situé le long du canal. Les gens qui ont peur de Molenbeek ne s’aventurent pas plus loin. »

François travaille pour le centre d’alphabétisation molenbeekois « Lire et Écrire Bruxelles ». Selon lui, le musée ne se situe « pas vraiment » à Molenbeek et son emplacement est plutôt le fruit du hasard. Il perçoit le MIMA comme une « vitrine » du centre de Bruxelles. Qu’en est-il des actions que met en place le musée avec des associations locales ? François embraye : « Il manque des projets de cohésion sociale. C’est le travail d’une génération. Est-ce qu’ils sont prêts à le faire ? » En sortant du musée, je croise Nicolas, qui habite la rue du Cheval Noir, située le long des quais, depuis plus de vingt ans. Il a visité le MIMA peu après son ouverture : « Pour moi, ça reste de l’art bourgeois. Le street art est devenu touristique, il a été récupéré par le capitalisme. Et le musée ne fait rien pour l’animation du quartier ».

A l’origine, Molenbeek est une commune industrielle. Lorsque les industries ont fermé, les habitants sont partis. Les maisons sont désormais occupées en majorité par une population marocaine. Selon la bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans, le fait que le MIMA soit venu s’installer dans cette commune a été tout à fait positif. Tout d’abord parce que le musée contribue à revaloriser les abords du canal où il y a très peu de diversité. La bourgmestre espère ainsi que les visiteurs reviennent le jour du marché, qu’ils découvrent le parc de la Fonderie ou encore les initiatives prises par le tissu associatif. Françoise Schepmans insiste sur l’importance de mélanger les publics afin de « créer symboliquement des ponts sociaux et culturels ». Un rôle qui est tombé sur les épaules du MIMA après les attentats, même si ce n’était pas leur objectif premier. Cette position est loin d’être lourde à porter pour Raphaël Cruyt, plutôt confiant : « Il y a une vraie fierté d’être à Molenbeek. On ne se voit pas comme des victimes, on est l’avenir ».

Le MIMA, situé au 39-41 Quai du Hainaut
, est ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 18h. Leur exposition actuelle, Art is Comic, est à voir jusqu’au 31 décembre.

 

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