Paranos ou lanceurs d’alerte ? Les électrosensibles disent souffrir d’un mal non reconnu par la science : l’allergie aux ondes qui nous entourent. Le WiFi, les smartphones, très peu pour eux. Souvent isolés, à rebours d’une société toujours plus connectée emmenée par les génies du numérique, ils veulent croire qu’une autre utilisation des nouvelles technologies est possible. Et mettent en garde : les champs magnétiques sont dangereux pour la santé. De tout le monde, cette fois.

Auteur : Clara Van Reeth

Illustrateur : Dorothée Richard

Rubrique : Dossier

Retrouvez Cet Article dans le numéro 7

Making Of

Le premier réflexe de toute personne qui désire se renseigner sur un sujet est le plus souvent d’aller faire un tour sur internet. Pour prendre connaissance des tenants et aboutissants de l’électrohypersensibilité, c’est presqu’un comble… Mais soit. En visitant les différents sites web des associations d’électrosensibles, mon premier apriori n’est pas franchement positif. Les visuels sont plutôt agressifs, affichant des antennes barrées de rouge qui clignotent et des ondes en cercles concentriques au-dessus de visages d’enfants crispés de douleur. Les articles que j’y lis sont, eux, pour le moins alarmants. On y parle d’empoisonnement, de cancers et d’Alzheimer. Le gouffre qui sépare le contenu de ces sites internet et les rapports officiels dont je m’imprègne (qui ne reconnaissent pas l’électrohypersensibilité) me donne le tournis.

Pourtant, la communication anxiogène doit faire de l’effet. J’éteins mon ordinateur et frotte mes yeux fatigués en me demandant combien d’ondes me traversent allègrement en cet instant, sans que je n’y voie rien.

Venu le moment d’entrer en contact avec des personnes électrosensibles, c’est toute une époque qui se rappelle à moi. Celle des années 90. Vous savez, ce temps pas si lointain où quasi personne n’avait encore de GSM. Quand, de retour à la maison, on allumait d’un bip son répondeur pour écouter les messages laissés durant la journée. Il n’y avait pas vraiment d’emails non plus (on s’envoyait des fax vous vous souvenez ?) Bref, trêve de nostalgie. La plupart des électrosensibles n’ayant pas de GSM (pour les raisons que l’on s’imagine), je n’avais à ma disposition, pour les joindre, que des numéros de téléphone fixe. Au fil de sonneries interminables et de messages laissés sur des répondeurs, je redécouvre les affres de l’attente et la lente satisfaction de la patience. Les coups de fil de retour se font finalement assez rapides. Me voilà en lien avec des personnes que je devine pleines de bonne volonté et d’affabilité face à ma requête, toutes enclines à témoigner.

Très vite, je m’aperçois en les rencontrant que l’étiquette « psy », très souvent collée à leur souffrance, ne tient pas la route. Si l’électrohypersensibilité n’est pas reconnue officiellement, force m’est de constater que leur souffrance, elle, est bien réelle. De tous les électrosensibles transpire un besoin d’écoute et la gratitude que l’on s’intéresse à leur cause. Mais aussi un impératif d’être pris au sérieux, de rationaliser leurs propos. Hasard de mes rencontres, presque tous ont un bagage scientifique : ingénieurs, médecin généraliste, professeur de sciences, physicien… Le besoin de comprendre ce qui leur arrive, d’objectiver ce mal « mystérieux », leur est commun.

L’exercice de l’objectivité aura été constant et parfois périlleux pour moi aussi durant ce reportage. Entre les témoignages pleins de souffrance et de solitude, les voiles soulevés d’une « théorie du complot », et les prises de position contradictoires au sein de la communauté médicale et scientifique, la question de la pollution électromagnétique ne suscite clairement pas une unanimité sereine. C’est que vingt ans à peine d’utilisation enthousiaste des nouvelles technologies (GSM et wifi en tête), c’est peu pour prendre du recul. Plusieurs fois durant la réalisation de ce reportage, je me suis demandée si les électrosensibles n’étaient pas des « lanceurs d’alerte » malgré eux. Des individus dont l’hypersensibilité ne devait peut-être pas être vue comme une tare mais plutôt comme une ressource qui nous permette une remise en question de notre course vers l’innovation technologique. Finalement, je me dis qu’il faudra encore du temps pour que la science s’adapte et décortique ce phénomène complexe de la pollution électromagnétique pour en comprendre les impacts sur le vivant. Les parallèles avec l’amiante et la cigarette, tracés par de nombreux électrosensibles, ne me semblent pas tirés par les cheveux. La patience (encore elle) est mère de toute vertu, dit-on.

Clara Van Reeth

Commentaires

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3 Réponses

  1. baba

    On est au bar en train de boire des coups ou c’est un journal qui se veut sérieux, ici ?

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  2. jm

    Engagez des journalistes qui savent de quoi ils parlent par pitité, lire des forums et parler avec gens, on sait tous le faire !

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  3. L'équipe de 24h01

    Bonjour à vous deux,

    Merci pour vos commentaires. C’est toujours intéressant d’avoir un retour de nos lecteurs, même s’il est négatif.

    L’objectif de ce reportage était de dialoguer avec des personnes qui se disent électrosensibles. Quels sont leurs symptômes ? Comment vivent ces personnes ? Cet objectif a été atteint : on retrouve dans cet article quatre longs témoignages qui permettent de mieux comprendre leur quotidien.

    L’objectif n’était pas de résoudre une problématique que même des scientifiques spécialisés dans le domaine ne parviennent pas encore à élucider : l’électrosensibilité existe-t-elle vraiment ? Ce qui ne nous a pas empêché de faire le point sur la situation actuelle… D’où le passage qui explique que la Belgique reconnaît les symptômes de l’électrosensibilité, mais qu’aucun lien causal n’est aujourd’hui scientifiquement établi entre l’exposition à des champs électromagnétiques et l’apparition de ces symptômes. Ceci est écrit noir sur blanc dans le reportage.

    Notre démarche n’était donc pas de partager aveuglément les témoignages de personnes électrosensibles, sans les mettre en perspective. D’ailleurs, puisque vous avez lu le reportage, vous avez certainement trouvé, au cœur de l’article, le passage consacré aux recherches effectuées par l’unité de psycho-neuro-endocrinologie de l’ULg sur les champs électromagnétiques – recheches qui contrebalancent les propos des électrosensibles puisqu’elles indiquent que les tests de provocation ne prouvent absolument pas l’existence de l’électrosensibilité. Même son de cloche du côté de l’OMS, que l’on retrouve également dans l’article. De quoi relativiser totalement les propos des électrosensibles rencontrés par notre journaliste. Dès lors, dire que le reportage ne contient aucune source scientifique ni aucun esprit critique est – nous semble-t-il – erroné.

    Autant 24h01 collabore régulièrement avec des journalistes « experts » pour une matière, autant nous aimons aussi travailler avec des journalistes plus généralistes et touche-à-tout. C’était le cas pour ce reportage. Il nous semblait pertinent de travailler avec une journaliste qui avait un regard neuf sur le sujet. Nous avons une confiance totale dans son travail, réalisé consciencieusement, et dans la qualité des entretiens effectués. Le travail de Clara Van Reeth est loin de la « lecture de forums » dont vous parlez dans votre commentaire.

    Notez que si vous avez des suggestions d’articles, ou des noms de journalistes « qui savent de quoi ils parlent » à nous proposer, n’hésitez pas à nous en faire part, à l’adresse suivante : info@24h01.be

    Merci beaucoup !

    Belle journée,

    L’équipe de 24h01

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