LA DÉCOUPE DES ESTOMACS.
La chirurgie bariatrique ou le moyen ultime pour perdre du poids. Immersion en salle d’op’ dans une clinique namuroise.

Censée être l’ultime recours, la chirurgie bariatrique taille dans les estomacs pour faire perdre aux personnes obèses beaucoup de poids en peu de temps. Visite dans une clinique namuroise, salle d’op’ et groupe de paroles inclus.

Auteur : Charline Cauchie
Illustrateur : Renaud De Heyn
Dossier : Obésité
Retrouvez Cet Article dans le numéro 9

Making Of

Le défi de ce papier sur la chirurgie de l’estomac était double : plonger le lecteur au cœur de la vie d’une clinique, tout en exposant les chiffres sur l’obésité en Belgique. Autrement dit : confronter la réalité (forcément subjective) et la théorie brute dans un même reportage. Cela promettait un bon exercice de style…

Nous avons choisi de nous rendre à Namur, dans un centre à l’expérience « solide », comme le vante le site web de la clinique de l’obésité du CHU UCL, encadré par un chirurgien réputé, François Terryn. « Attendez, mais vous allez leur faire une pub d’enfer, là. Vous savez à quel point un article dans la presse est important dans le secteur ? » Cette chirurgienne bruxelloise contactée pour recouper mes observations était remontée : « La chirurgie bariatrique, c’est une médecine de bouche à oreille et des médias. Dès qu’on donne le nom d’un spécialiste, ça lui attire toute une clientèle ! » Pas faux. Le danger de ce type de reportage, focalisé sur un hôpital et un médecin, c’est que l’on a parfois le sentiment de leur « servir la soupe ». Aujourd’hui, on trouve dans la plupart des centres hospitaliers du pays des cliniques de l’obésité, des plateformes du surpoids, des centres d’accompagnement multidisciplinaire de la surcharge pondérale, des cliniques du poids idéal ou autres appellations. Toutes ont leurs pratiques et sans doute leurs particularités. La rédaction de « 24h01 » voyait cet article comme une rencontre avec un professionnel du secteur à un moment précis, dans un hôpital précis. C’est un reportage-interview, pas une enquête en milieu hospitalier, et c’est important de le préciser.

La première fois que j’ai rencontré l’équipe, j’ai passé plus de quatre heures à interroger le chirurgien, la diététicienne et, surtout, le psychologue du service. Ils m’ont fourni une quantité vertigineuse d’informations, présentées à l’aide de Power Point et de vidéos. Je ne sais exactement par quel trouble je suis atteinte, mais en sortant de la clinique de l’obésité, je n’avais qu’une envie : manger un énorme dürüm. Sans doute que pendant toute cette matinée où l’on m’a informée sur les risques liés au surpoids et sur les difficultés du traitement de la maladie chronique qu’est l’obésité, mon esprit de contradiction me préparait un coup : foncer vers le premier kebab venu.

L’envie de manger est intimement liée à nos émotions et à nos traits de caractère. Après cette rencontre déterminante avec le psychologue Samuel Dubois et ma propre expérience liée au plaisir de la « malbouffe », une conviction était née : notre sensation de faim, nos envies de telles ou telles victuailles et notre poids font sens dans notre vie. L’obésité, bien souvent, trouve ses causes dans l’enfance, les troubles, les frustrations, les « accidents de vie » du patient.

Après cette première rencontre, l’illustrateur Renaud De Heyn m’a accompagnée pour une seconde visite à l’hôpital namurois afin de découvrir la banalité – pour le chirurgien François Terryn – d’une opération bariatrique. Qui sera suivie par la complexité, pour le patient, du « vivre avec ». Vivre avec ce nouveau corps tout le reste de sa vie. Le by-pass n’est pas la fin d’un long calvaire : c’est le début d’un autre combat dans lequel les soignants doivent accompagner les patients en quête de nouveaux repères. Un combat décrit dans cet article par les participants à un atelier de parole. Ce sont des mots chargés d’émotions, de douleurs, mais aussi de sérénité et d’optimisme prononcés par ces femmes et hommes courageux. La conclusion de ce papier – simple tentative de description des parcours de ces combattantes et combattants – leur revient.

Charline Cauchie

 

 

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