Ils ne veulent pas lâcher le morceau. Depuis plus d’un an, les habitants d’Aix-la-Chapelle militent sur tous les fronts pour faire arrêter le réacteur nucléaire Tihange 2. Les Allemands redoutent « eine Katastrophe » à la Tchernobyl. En Belgique, on hausse les épaules : n’ayez crainte, chers voisins, tout va bien.

Auteur : Catherine Joie

Photographe : Gaëlle Henkens

Rubrique : D’ici et d’ailleurs

Retrouvez Cet Article dans le numéro 7

Making Of

Il faut bien commencer un reportage quelque part. En ce concerne celui-ci, le choix était évident : je voulais, très vite, me rendre à Aix-la-Chapelle pour évaluer l’ampleur de la mobilisation contre la centrale nucléaire de Tihange. J’ai repéré sur Twitter un événement “Stop Tihange”, sorte de conférence organisée dans une librairie du centre-ville un dimanche après-midi, fin novembre. Je m’y suis rendue, après m’être assurée auprès des organisateurs que la presse (belge, en l’occurence) était la bienvenue. Réponse positive évidemment : nos voisins rêvent que les médias belges relaient davantage leurs craintes et leurs revendications, concernant nos centrales.

C’était donc un dimanche, vers 15 heures. Je me suis retrouvée dans une salle avec 150 quidams, plutôt âgés, venus écouter deux conférenciers leur parler de Tihange et des dangers du nucléaire pour la santé. Au moment où l’un des conférenciers a mentionné le nombre de “microbulles” – que les Allemands continuent d’appeler des fissures -, toute la salle a fait un “oh” de frayeur. C’est à ce moment-là que j’ai senti, pour la première fois d’un reportage qui s’étalera ensuite sur plusieurs semaines, la panique des Allemands vis-à-vis des centrales belges.

Et quelques minutes plus tard, j’ai compris une deuxième chose importante les concernant : lorsqu’ils ont dépassé la première frayeur et qu’ils s’investissent dans ce dossier, les Allemands maîtrisent le sujet sur le bout des doigts. AFCN, Jan Bens, fonctionnement d’un réacteur nucléaire, eau du circuit d’injection de Doel 3 préchauffée à 40°C… Autant d’abréviations, de noms et d’informations avec lesquels nos voisins jonglent, et spécialement (c’est assez logique) les militants anti-nucléaires. Je ne pense pas que la moyenne des Belges maîtrise aussi bien qu’eux le dossier des centrales nucléaires – centrales de leur propre pays qui plus est.

Alors évidemment Aix-la-Chapelle ne représente pas à elle seule toute l’Allemagne. Evidemment, il existe des habitants d’Aix-la-Chapelle qui ne s’intéressent pas à cette question et que ne militent pas pour arrêter le réacteur Tihange 2. Mais ils ne sont pas faciles à trouver… Contrairement aux affiches “Stop Tihange & Doel” qui, comme je le mentionne dans l’article, fleurissent à chaque coin de rue. Il y en a partout. Pour la Belge que je suis, c’en était oppressant. À la fin de ce reportage, je saturais de voir autant d’affiches “Stop Tihange” autour de moi, dans les rues d’Aix-la-Chapelle.

Rassurez-vous, ce reportage n’a pas été difficile à vivre pour autant. J’ai même beaucoup rigolé, par moment. Un exemple : lors de cette conférence à laquelle j’ai assisté en tout début de reportage, il y avait des danses et des chants entre les prises de paroles des conférenciers. Oui, oui : des danses et des chants. C’était presque une sorte de fancy-fair, autour du thème du nucléaire. Je ne sais pas comment s’est opéré le choix des musiques, mais toujours est-il que l’une des chorégraphies était sur “Time to Run” de Woodkid. Volontaire ou non, de la part d’Allemands qui imaginent que la centrale Tihange est sur le point d’exploser, auquel cas ils devront prendre leurs jambes à leur cou, c’était plutôt rigolo. Et d’ailleurs, je dois l’admettre, assise au fond de la salle, j’ai rigolé.

Catherine Joie

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