Coming-out d’un aristocrate

2017 DECEMBRE 11

L’écrivaine franco-belge Marguerite Yourcenar est à l’honneur, du 15 novembre au 17 décembre, au théâtre Poème 2 à Bruxelles. Un cycle de conférence et deux spectacles sont proposés, dont l’adaptation sous la forme d’un monologue du roman épistolaire « Alexis ou le Traité du vain combat », écrit par Yourcenar à l’âge de 26 ans, dans lequel Alexis rédige une lettre de rupture à sa femme, se libérant ainsi d’un lourd secret.

Par Elise Lonnet

Je suis entrée un peu inquiète dans la salle du Poème 2. Adapter un roman
épistolaire en monologue est un sacré challenge. Pour la metteuse en scène,
Monique Lenoble, mais aussi pour Pascal Parsat, l’acteur qui porte ce texte pendant
près d’1h30. Sans compter l’écriture exigeante de Marguerite Yourcenar, qui n’était
pas réfractaire à l’usage du subjonctif imparfait, temps qui convient plutôt mal à
l’oralité.

Une confession en demi-teinte

Pascal Parsat incarne Alexis, personnage pudique et mélancolique. Il écrit une
longue lettre de rupture à sa femme, Monique, qui vient d’accoucher. Il y détaille sa
sensibilité à l’univers féminin, sa vie « fade » sauvée par son seul amour de la
musique et lui expose son homosexualité avec pudeur, sans jamais en dire le nom.
Face au public, le comédien oscille entre un trop plein d’émotions et une grande
froideur. Si ce caractère semble correspondre au personnage, très timide, d’Alexis,
l’interprétation est parfois austère. Seules quelques hésitations et sourires donnent
au comédien un peu d’humanité, et nous font ressentir de l’empathie. Il est d’ailleurs
particulièrement touchant lorsqu’il exécute, plus spontanément, des gestes simples
du quotidien, qu’il s’allume une cigarette ou se verse une tasse de thé.

La mise en scène est classique, sans grande originalité. Quelques vieux meubles
sont enveloppés dans du plastique, symboles de la mémoire d’Alexis : un fauteuil de
confessionnal, un plateau de thé, ou encore un porte-manteau auquel est accroché
un vieux gilet. Ces objets serviront d’appuis à un récit de souvenirs plus ou moins
émouvants, selon la sensibilité de chacun. J’ai par exemple été touchée lorsqu’il
décrit la tendresse qu’il avait pour ses sœurs et sa mère, qu’il compare à des
« lampes basses, très douces, qui éclairent à peine ». Une volonté de la metteuse en
scène, qui me confie par la suite qu’elle souhaitait laisser aux spectateurs la liberté
d’imaginer. Un piano est également présent au fond de la scène. On apprend petit à
petit qu’Alexis est un pianiste passionné : seule la musique lui permet d’exprimer les
sentiments qu’il réprime au quotidien. C’est d’ailleurs étonnant, et un peu décevant,
que l’on entende très peu de musique pendant le spectacle.

Tout au long de son monologue, le comédien se met à nu. Il découvre les meubles,
enlève quelques couches de vêtements et dévoile à demi-mot des vérités qui lui
coûtent. Il expose tour à tour ses « vices » et sa culpabilité. Le public ressent le
soulagement qu’il obtient de son aveu. « Vous avez cru qu’il suffisait d’être parfaite
pour être heureuse ; j’ai cru suffisant, pour être heureux, de n’être plus coupable »,
confie Alexis à sa femme. Le titre vain combat est révélateur. Celui qu’il a tenté de
mener contre son homosexualité, qu’il nomme « trouble caché », ce qui l’a conduit à
mener une vie solitaire, pénible et fade.
Ce roman est à la fois une rupture épistolaire et le portrait d’une aristocratie aux
conventions sociales cloisonnées. L’adaptation théâtrale est plutôt réussie, mais
sans grande surprise. Le comédien parvient, par moments, à faire vivre Alexis et ce
secret qui le ronge.

Un Cycle Marguerite Yourcenar au Poème 2

À l’occasion du trentième anniversaire de sa disparation, deux mois sont dédiés à
l’écrivaine, son anticonformisme et sa réflexion sur le sens de la vie et la dignité
humaine. Deux spectacles sont joués, Marie-Madeleine ou le Salut et Alexis ou le
Traité du vain combat. Ce dernier avait déjà été joué au Poème 2 en 2003, pour le
centenaire de la naissance de l’auteure à Bruxelles.
Marguerite Yourcenar, de son vrai nom De Crayencour (Yourcenar est un
anagramme) commence à écrire à l’âge de 14 ans et publie ses premiers poèmes à
18 ans. Première femme élue à l’Académie française, elle reçoit également la légion
d’honneur. Ses romans les plus connus sont Les mémoires d’Hadrien (1951) et
L’œuvre au noir (1968).
L’histoire du roman Alexis est inspirée d’une expérience personnelle de Marguerite
Yourcenar, rejetée par un homme qui lui avait confessé aimer les hommes. Dans sa
biographie, elle raconte avoir eu elle-même des aventures avec des femmes.

 

Les infos
La pièce se jouera mercredi 13 décembre à 19h, jeudi 14 décembre, vendredi 15
décembre et samedi 16 décembre à 20h, puis dimanche 17 décembre à 16h.
Le dimanche 17 décembre à 14h, Michèle Goslar donnera la dernière conférence du
Cycle : « Les coulisses d’une élection » – Les dessous de l’élection de Yourcenar à
l’Académie française. Après le spectacle, il y aura une soirée de clôture en musique.
Réservations : reservation@theatrepoeme.be // 02 538 63 58

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