Depuis 2011, 15.000 personnes sont mortes dans les prisons syriennes. Quant aux survivants, ils souhaitent que justice leur soit rendue. Depuis la Suède, l’Autriche, la France, la Suisse, les Pays-Bas, mais surtout l’Allemagne, seul pays à accepter d’instruire les plaintes contre les acolytes de Bachar al-Assad, les rescapés organisent la riposte devant les tribunaux.

Texte : Cécile Debarge, Collectif 2026
Illustrations : Gonoh
Rubrique : Temps forts
Retrouvez Cet Article dans le numéro 12

Témoin n°1. Son calvaire a duré deux semaines. Assez pour cohabiter trois jours avec le cadavre de son codétenu. Les gardiens l’avaient laissé là, étendu sur le sol d’une cellule poisseuse de la branche 235, l’une des pires prisons damascènes, surnommée « la branche de la mort ». « De nombreux détenus avaient des furoncles ou des maladies de la peau et les rats venaient ronger leurs blessures sans que personne n’ait la force de les chasser », décrit ce père de famille de 57 ans. Trop critique contre le régime, trop bienveillant à l’égard des déserteurs de l’armée syrienne à qui il ouvre les portes de sa maison, trop coopérant avec les Nations Unies dont il aide à distribuer l’aide humanitaire : le témoin n°1 est arrêté par les services secrets à la frontière libanaise en avril 2015. La machine de mort qu’il décrit est implacable, ses rouages sont parfaitement rôdés. L’interrogatoire a ses règles : à chaque décharge électrique, le témoin n°1 sent un objet dur frapper l’arrière de sa tête. Au bout de neuf jours, il n’entend et ne voit plus rien.

Ce récit d’horreur est le premier des 14 témoignages déposés devant le Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe. Depuis le 1er mars 2017, le nom de cette tranquille ville de province du sud de l’Allemagne est devenu l’un des seuls espoirs des victimes du régime syrien d’obtenir justice.

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