Si pour vous les punks ne sont qu’une « bande de sauvages » qui « chantent » et disent merde à la société, préparez-vous à voir vos certitudes ébranlées. Si, en revanche, comme moi, vous avez toujours rêvé de partir en tournée, profitez de la vue. Le temps d’une petite vadrouille en Suisse, les René Binamé, mythique groupe anarcho-punk belge en activité depuis trente ans, m’ont pris dans leurs valises. Et vous avec. Voyage au pays de l’autoproduction, sur les routes de l’indépendance.

Auteur: Camille Loiseau

Photographies: Anaïs Angéras et Camille Loiseau

Rubrique: D’Ici

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Making Of

Comment j’ai failli ne jamais être punk ?

René Binamé. Le nom sonne barbare si, comme moi, vous avez quitté votre contrée natale pour vous installer là où l’herbe est plus verte. Il y a un an de cela, on me regardait avec des grands yeux alors que j’avouais n’avoir jamais entendu parler du groupe. Un concert au fin fond de la Wallonie, un disque ou des paroles chantées à tue-tête : ici, tout le monde les connait et chacun y va de sa petite anecdote. Ça m’intrigue, une musique qui rassemble autant. Et puis ça me démangeait de partir en tournée.

J’étais convaincue de ce que je voulais, restait encore à savoir si j’allais pouvoir l’obtenir. La première étape ? Convaincre le groupe. Grâce à une fréquentation assidue des concerts et une série d’interviews avec de nombreux acteurs de la scène alternative bruxelloise, j’avais rattrapé mon retard et mis un bon pied à l’étrier. Out les vieux réflexes de chercheuse d’info – recherches Google, harcèlement électronique, coups de fil en cascade — je connaissais déjà Vincent (Smerf) et il allait me faire rencontrer le reste du groupe. Ça fonctionnait comme ça, au bouche-à-oreille et à la recommandation. Chouette, ça m’évitait les « Cordialement » et autres ronds de jambe pour lesquels je n’étais pas si douée. Mais ça avait aussi ses inconvénients : l’attente. Vincent ne possédant pas de téléphone, je n’avais pas le choix : il fallait soit patienter sans rien faire, soit transformer chaque évènement en prétexte à rencontre. Ce fut le cas de la soirée 24h01 au Rockerill de Charleroi et de la Boum de Noël au Magasin 4.

Il faut dire que cette dernière ne m’a pas forcément rassurée. Alors que nous discutons devant la salle entre deux concerts, Vincent m’affirme que je peux reconnaitre les « barakis »1 à la boue sur leurs chaussures. Ils sont venus nombreux. Pour ma part, look pas forcément étudié et piercing dans la lèvre, je me dis que je ne me fonds pas trop mal dans le décor. Erreur. « C’est toi qui sent comme ça ? C’est pas un parfum de merde hein ! » La réflexion lancée par cette inconnue me met mal à l’aise. C’est idiot quand j’y repense. Pourquoi dans un milieu qui prône la tolérance et l’authenticité, se soucierait-on tant de l’apparence ?

Le radicalisme, voilà ce qui m’inquiétait le plus au moment de partir sur les routes avec les Binamé. Et si on se méfiait de moi parce que je n’ai pas l’« allure punk » ? Et si on me dévisageait parce que je pose trop de questions ? Et si on ne se confiait pas à moi parce que je ne suis ni anarchiste, ni engagée ?

L’hospitalité et l’ouverture de nos hôtes lors de la tournée en Suisse me font ravaler mes doutes. La seule fois où l’on me questionne sur mon engagement, c’est moi qui ai mis le sujet sur la table. Une fois rentré en Belgique, Olivier (Binam) résumera parfaitement cet état d’esprit lors d’une interview en affirmant que : « Quand on nous héberge quelque part, on n’arrive pas avec un passeport, un pédigrée et une lettre de recommandation. » Une tendance qui se confirme alors que, de retour au plat pays, Vincent m’invite à la Baraque, me montre la roulotte dans laquelle il habite avec son fils. Même chose lorsqu’Olivier vient me chercher à la gare de Deux Acres pour m’emmener jusqu’à chez lui, un énorme bâtiment aux airs d’entrepôt désaffecté à l’étage duquel lui et quelques autres se sont confectionnés un vrai petit cocon. À chaque fois, on m’offre une bière, on m’invite à trainer, rester manger. Ca change des interviews éclairs : trente minutes chrono dans un café bondé. Impersonnelles et trop formelles.

Derrière ce reportage, il y a les Binamé, certes, mais également leur entourage. Marcor, Duke l’ingénieur du son, Ponpon le journaliste, Luc Calis et Alain Darimont, anciens gérants du disquaire l’Arlequin, Christophe Petit du groupe Noisegate,… tous ont pris le temps de témoigner. Que leurs propos soient retranscrits textuellement ici ou non a peu d’importance. Leurs réponses m’ont aidée à comprendre l’histoire des Binamé et leur façon de voir – et de vivre – les choses. Chacun de leur mot m’éloignant un peu plus des clichés sur le punk et ceux qui l’incarnent. Merci à eux.


1 habitants de la Baraque, quartier autogéré de Louvain-La-Neuve

 

 

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