GEN Z, génération des enchantés

2018 FÉVRIER 23

Pendant près de deux ans, le jeune metteur en scène Belgo-sicilien Salvatore Calcagno, accompagné des comédiens et artistes Antoine Neufmars et Emilie Flamant, a parcouru l’Europe à la rencontre de jeunes issus de la génération Z (nés après 1995). De leurs rencontres est née une exposition, un affichage de rue, et la pièce maîtresse de cette ode à la jeunesse : GEN Z, searching for beauty, ou comment démonter en 1h45 les clichés qui collent à la peau de cette génération.

Par Estelle Vandeweeghe

La scénographie est sobre, moderne. Un plateau agrémenté de trois longues marches, des chaises d’école, une rampe d’escalier, et un écran tout en largeur. Sur ce dernier, s’ouvre une vidéo tournée en classe, quelque part en Belgique. La voix de Salvatore Calcagno, onde de douceur, s’élève pour proposer à quelques jeunes gens issus de 7e professionnelle de participer à une pièce de théâtre. Le public est fixé, il s’agira ici d’une fiction.

Jeunesse électrique

Les premières notes technos de Born Slippy d’Underworld retentissent. On ne peut que penser à la scène finale du film Trainspotting. À l’écran, un couloir noir et blanc dans lequel des jeunes se jaugent, s’effleurent, s’embrassent pour finalement suivre la caméra la tête haute, direction la scène.

© Michel Boermans

 

Une scène à la fois salle de classe et lieu de vie, de retrouvaille après les cours.

S’y forme une joyeuse assemblée, claquant des doigts pour s’applaudir façon 120 battements par minute, toute en jeans et baskets, prête à faire valoir ses revendications. Et celles-ci sont nombreuses. Cette jeunesse électrique et éveillée (à l’inverse du titre d’Underworld) s’exprime avec ferveur, évoquant tour à tour les disfonctionnements du système de pointage, l’installation de douches qui se fait attendre, ou encore l’ennuyeux programme théâtral imposé par les professeurs, un programme qui « ne colle pas à la société d’aujourd’hui » pour reprendre les mots du jeune Narcisse, dont le nom rappelle pourtant un vieux mythe.

Ces convictions légères nous font sourire, mais très vite, des sujets plus profonds sont mis sur la table de classe : la rigueur à l’école comme miroir du monde du travail, la frustration, la jalousie et la peur des professeurs, ou encore le tri social généré par le système scolaire.

Si les idées fusent de tous bords, celles-ci n’en sont pas pour autant vides de sens.

Partir ou rester

Car on a bien à faire à « une génération d’une grande conscience », comme le soulignait Calcagno lors de l’une de nos dernières rencontres (voir nos articles précédents ici et ).

Lors de leurs virées européennes, Calcagno, Flamant et Neufmars, ont observé une série de thématiques revenant régulièrement sur le tapis lors de leurs discussions avec de jeunes européens : le travail, le culte du corps, la sexualité (et entre autres l’identité sexuelle), et les réseaux sociaux, que cette génération utilise comme un outil d’expression et d’embellissement de la vie, tout en conservant une distance et une conscience de l’impact de ceux-ci.

Pendant 1h45, Calcagno prend le parti de mettre dans la bouche des acteurs amateurs et professionnels présents sur le plateau (on devine lesquels sont professionnels, sans difficulté) la parole d’autres jeunes, ici absents, mais rencontrés en chair et en os à Belgrade, Tallinn, Marseille ou Maspalomas. Les débats se clôturent sur cette question, posée par Calcagno lui-même à l’ensemble des jeunes comédiens : partir ou rester ? Une question transgénérationnelle, universelle, qui aurait mérité d’être développée, tant les réponses de cette jeunesse sont bouleversantes de lucidité et de simplicité.

Car si Ewan McGregor opérait une fuite en avant dans Trainspotting, ici, les jeunes s’efforcent de rester, de continuer, malgré les crises économiques et l’avenir morose promis par les aînés, à l’image de cette scène finale dans laquelle les acteurs vont et viennent au rythme de la musique techno d’un pas décidé, rapide ou au ralenti, rappelant la foule de corps fiévreux dans la dernière création de Gisèle Vienne, Crowd, récemment présentée au Kaaitheater.

Salvatore Calcagno a créé GEN Z en réponse au pessimisme ambiant, dans le but de démonter les clichés véhiculés par les médias, une image de jeunes nombrilistes accros à Internet et aux réseaux sociaux. Son souhait était de créer un événement consacré à la jeunesse, qui leur permette de libérer leur parole : une véritable tribune offerte à ces « princes de la ville », pour reprendre les mots du metteur en scène.

Le résultat est une pièce vivifiante et vibrante, sensuelle et intelligemment rythmée par la vidéo (en live ou enregistrée) et les playbacks exubérants – un tantinet longuets – dans laquelle Calcagno prend soin de libérer la personnalité et la pensée de chaque individu.

Et si l’équilibre entre acteurs professionnels et amateurs est bel et bien là, on regrettera parfois une écriture quelque peu rigide au détriment de la spontanéité de ces jeunes plein de fougue.

 

24h01 suit le projet GEN Z depuis l’été 2017. Retrouvez nos précédents articles sur Salvatore Calcagno et GEN Z ici, et .

 

GEN Z

Spectacle – Théâtre Les Tanneurs – 20.02.18 > 24.02.18 – 27.02.18 > 03.03.18
Expo photo – Cinéma Galeries – 26.02 > 11.03.2018
Expo urbaine – 15.02 > 15.03.2018

 
En tournée

Sur Mars – Mons arts de la Scène
6 & 7.03.2018

CENTRAL – La Louvière
18 & 19.05.2018

Commentaires

commentaires

2 Réponses

  1. Patricia

    Une chose est certaine, c est que c est jeunes sur scène au delà d être professionnels ou pas, sont bluffants. Merci pour cette fougue et cet aplomb.

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  2. foucart

    Magnifique pièce vous allez passer un excellent moment cette pièce est drôle réaliste et divertissante

    Répondre

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