Chaque année, une petite dizaine d’hommes sortent du Séminaire de Namur, « l’école » des futurs prêtres, avant de se faire ordonner. Un nombre nettement plus faible qu’autrefois… Qui sont les nouveaux curés de « la plus vieille institution du monde », elle qui n’imagine pas un instant disparaître ?

Texte de Thomas Leroy

Photographies de Olivier Papegnies

Rubrique: D’ici

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Making Of

Dans le jardin de l’évêché, fin juin 2015, je suis convié par le président du Séminaire à partager le barbecue de fin d’année avec les séminaristes, leurs encadrants et les autres invités de l’évènement. D’ici quelques jours, tous partiront du Séminaire, « maison de croissance en liberté et de la liberté », selon la définition que nous en donne le père Ionel Ababi, professeur et formateur en son sein. Avec l’habituel « tourniquet de juin » qui s’annonce, ce sera tâche délicate de les retrouver et de les suivre par la suite : de nouveaux prêtres étant ordonnés fin juin, s’ensuit par ricochet toute une série de changements au sein des diocèses. Mais pour l’heure, tout le monde est réuni, festif, les examens sont derrière les séminaristes et les professeurs et on trinque à cette année terminée. Le primat de Belgique, l’archevêque Léonard a fait la surprise de venir. Ancien évêque de Namur, il connaît une bonne partie des séminaristes et utilise son excellente mémoire pour se souvenir du prénom des moins fréquentés. Il m’aborde également… et me lance une petite blague piquante.

C’est mon premier contact avec l’humour des prêtres. Je n’y avais pas songé en préparant mon reportage, je me suis souvenu après que l’on me l’avait évoqué. Peut-on vraiment parler d’humour des prêtres ? Je dirai plutôt que certains prêtres ont simplement beaucoup d’humour et que, peut-être à cause de leur fonction, on l’oublie un peu. Ce mois et demi à les côtoyer aura en tout cas été l’occasion de rire et de découvrir cette facette de leur caractère.

Sur la présence dans les églises, déjà, leur regard est acerbe : « Comment faire partir les pigeons des églises ? Tu fais leur première communion et leur profession de foi, tu ne les reverras plus jamais après. » Ces croyants peu pratiquants, ils ne les moquent pas et continuent de penser qu’il faut leur donner, ainsi qu’à leurs enfants, les sacrements s’ils le demandent. « S’il y a un soupçon d’esprit saint, il faut baptiser », illustre Eric Lemoine, ordonné en juin 2015. « Pour la profession de foi, on demande de venir une fois par mois à la messe, mais c’est parfois difficile pour les familles. Entre le foot et la danse, les enfants sont overbookés. » Il s’agit alors d’en discuter ouvertement avec les parents. De savoir quelles sont les motivations, les envies.

Souvent, durant les messes de semaine, il n’y a que des retraités qui se présentent, ou plutôt des retraitées. « Pourquoi n’ordonne-t-on que les hommes, nous demande un jour un prêtre – et c’est d’ailleurs une question qu’on leur a souvent posée. Comme ça, il y en a au moins un à la messe. » Grinçant. « Les églises, c’est comme les bouteilles, nous explique-t-on aussi, ça se remplit d’abord par le fond. » Ce qui est parfois dur pour les prêtres qui font face à de nombreux rangs vides avant d’en voir quelques-uns, clairsemés, se remplir dans le fond. Pas idéal pour les chants, répétitions et réponses, qu’espère un maître de cérémonie à certaines de ses répliques…

Hors de l’église aussi, ou pour parler de leur rôle en évolution, les prêtres manient le jeu de mot ou les analogies parfois surprenantes. « Unir des amis dans le mariage ou baptiser leurs enfants, cela ne se fait pas si simplement, car il faut bien connaître leurs convictions profondes, les ressorts derrière ces demandes, nous dit un jeune prêtre. Bénir des maisons, ça oui, je le fais volontiers. On me le demande souvent d’ailleurs. C’est comme quand on a un ami plombier, c’est vers lui qu’on se tourne quand on a une fuite. Avec moi, c’est pareil. Je bénis les maisons. »

Une célèbre web-capsule, que nous référençons dans le reportage papier, le héros a cette comparaison : « La vocation, c’est comme une autoroute, tout le monde est pour mais personne ne veut qu’elle passe chez lui », dont on ne peut dire si elle est vraie ou non (par contre, elle est drôle (et réutilisable)). Durant notre enquête, nous n’avons effectivement rencontré que des jeunes qui avaient suivi leur vocation, quitte à s’en éloigner plus tard. Mais ils l’avaient au moins écoutée. Cette comparaison-ci par contre, est sans doute incontestable : « La confirmation, c’est comme avec les frites, c’est la 2e cuisson, tu es confirmé dans ta foi par l’évêque et l’esprit saint. »

Si le pape actuel fait l’unanimité auprès des jeunes – et moins jeunes – hommes de foi avec qui nous avons discuté, son prédécesseur a moins de succès. Pour preuve, cette réflexion : « Benoît XVI, tu sais ce que ça veut dire ? Treize, c’est treize et trois, non, très étroit, tu saisis ? »

Pour finir, une histoire vraie qu’on nous a contée : Un jeune séminariste prend dans sa voiture un évêque, ils vont ensemble à un rassemblement. Le jeune n’ose prendre la parole en premier. L’évêque se tait. Le voyage dure. Toujours pas un mot. Après plus de deux heures de route, en sortant de la voiture, l’évêque lâche finalement : « Et que tout ceci reste entre nous. »

Phrase extraite : Lors de notre première rencontre, l’archévêque m’a envoyé une pique rigolote. Ma première rencontre avec l’humour des prêtres. Pas la dernière.

Thomas Leroy

 

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