« La musique classique mérite une plateforme de distribution convenable »

2017 MARS 16

Dans un contexte où les ventes de disques sont en chute libre et où le public amateur de musique classique se fait vieillissant, le jeune belge Etienne Adriaenssen rêve que la musique classique « tienne le coup » grâce aux applications, et notamment la sienne, Alpha Play. Un pari pour rendre ce genre musical plus accessible.

Par Estelle Vandeweeghe

Alpha Play plateforme

(c) Lucas Majard

 

Comment est née l’application Alpha Play ?

La boîte à l’origine de cette application est le groupe indépendant de production et d’édition de musique classique Outhere Music (groupe créé en 2005 par Charles Adriaenssen, le père de Etienne Adriaenssen, NDLR). Outhere Music a racheté plusieurs labels, lesquels n’avaient pas de site internet. Je les ai mis sur le web et sur iTunes, mais on est à chaque fois arrivés assez en retard. J’insistais déjà sur l’importance d’avoir une app, que j’ai finalement décidé de développer moi-même.

Comment fonctionne Alpha Play et quel répertoire l’utilisateur peut-il y trouver ?

C’est une sorte de Spotify avec la possibilité d’écouter offline. Il y a, au total, plus de de 2 000 références musicales, depuis la musique baroque à la musique contemporaine, en passant par le jazz. L’application est celle du label Outhere Music et les artistes repris dans l’application sont ceux qui dépendent du label. Outhere Music ne produit pas d’opéra, mais fait beaucoup de disques avec de jeunes artistes émergents, pour les promouvoir.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer cette application ?

En ce qui me concerne, c’était une question d’usage. Je n’écoutais pas les disques d’Outhere Music parce je trouvais que les références n’étaient pas bien classées.

Les disques de musique classique sont de très beaux objets de collection. C’est quelque chose que j’avais envie de reproduire dans une application, tout en créant une belle expérience. Spotify est par exemple une belle expérience, mais il est très difficile d’y trouver les références du label Outhere Music. Sur Spotify, les listes de musique classique sont très commerciales. Ce sont les méga hits de la musique classique ; les enregistrements sont vieux et de mauvaise qualité. Ce ne sont que des playlists pour des gens qui ne s’y connaissent pas.

Alpha Play veut permettre au plus grand nombre d’accéder à la musique classique, ou bien l’idée est de réserver ce genre musical à un public averti ?

L’idée est de toucher les deux publics : ceux qui aiment la musique classique ou ceux qui ont envie de la découvrir ; et les débutants qui trouveront des playlists intéressantes, plus éducationnelles, dont l’envie est d’apprendre.

Voyez-vous vraiment Alpha Play comme une application capable de démocratiser la musique classique ?

Oui, vraiment. Après, je vois ça aussi d’un point de vue business.

Outhere Music n’a que du contenu original, ce qui lui permet d’éviter les intermédiaires comme Spotify ou autres plateformes de streaming qui se prennent une grosse marge sur la distribution. Ça lui permet aussi de créer sa propre plateforme et application.

D’un point de vue plus général, pour que la musique classique survive, il faut qu’elle s’adapte.

Le problème, c’est qu’il y a énormément de jeunes qui sont très bons, qui sortent d’excellentes écoles, mais il n’y a plus personne pour acheter les CDs. Or, il faut que ces jeunes artistes continuent ! Pour cela, il faut que quelqu’un consomme leur contenu. Il est donc très important que le contenu soit consommé d’une nouvelle façon, via un nouveau canal de distribution.

Etienne-AdriaenssenCe contenu « original » permet d’éviter les intermédiaires et de réduire les coûts du label. Qu’en est-il pour les artistes ? Est-ce que cela permet de mieux les rétribuer ?

C’est l’idée, mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, ça coûte plus que cela ne rapporte. Mais il faut relativiser car on vient juste de commencer… L’application a été lancée en mars 2016 et le développement s’est fait de manière vraiment séquencée.

Si la communication est réservée aux fans du label, vous n’avez donc pas pour ambition de renouveler votre public…

On travaille actuellement sur une communication plus large, mais avant de lancer toute cette promotion, on raffine quelque peu l’expérience, on travaille en profondeur sur le contenu, pour créer de bonnes playlists et satisfaire le plus grand nombre.

Il n’y a pas beaucoup d’argent dans le milieu de la musique classique, donc si on se lance, il faut le faire bien et être sûr de nous. Outhere Music existe depuis 20 ans. Ce n’est pas une start-up qui peut se permettre de tout tenter. On fait ça avec une vision sur le long terme et de manière calculée.

Quelles données doit vous fournir l’utilisateur pour avoir accès gratuitement à Alpha Play ?

Rien du tout ! Il y a un mail à fournir, mais on peut pousser sur « skip ». Cependant, si l’utilisateur veut par exemple sauver sa liste de chansons favorites, il aura besoin d’un compte, et pour créer un compte, il faut renseigner son e-mail. On utilise ensuite cet e-mail pour envoyer nos newsletters avec nos nouveautés, des contenus susceptibles de les intéresser.

C’est votre intérêt pour le développement d’applications qui vous a poussé à travailler pour Outhere Music ? Ou votre amour pour la musique classique ?

Ce n’est pas exactement ça. Ce qui est important pour moi, dans toutes les applications que j’ai créées, c’est de faciliter la vie des gens. Dans le cas d’Alpha Play, l’idée est d’avoir tous les disques dans son téléphone : c’est vraiment la façon la plus simple de consommer le contenu.

Quand on ouvre l’application, on écoute, le son est beau, c’est de l’art, c’est vraiment quelque chose de magnifique, et pour moi il fallait essayer de créer une app qui rende compte de cette beauté du son, une petite boîte à musique superbe. On n’y est pas encore mais on fait en sorte que ça devienne un petit bijou.

La musique classique ce n’est pas ma passion, mais je trouve que c’est très beau et que ça mérite d’avoir une super application et d’être accessible. C’est plutôt cette question d’accessibilité à l’art qui est importante pour moi. L’accessibilité à l’opinion publique et aux débats, aussi. C’est ce que je recherche avec mon application Voice, par exemple, qui est un réseau social qui permet de débattre. J’aime faciliter l’interaction humaine.

Ce qui est un peu contradictoire, puisque les applications encouragent à être d’autant plus scotché à son téléphone, non ?

Oui, mais elles permettent aussi d’élargir l’accessibilité aux choses. L’accès à la musique classique est diminué parce qu’il n’y a plus de marché pour le CD, or c’est quelque chose de magnifique, il ne faut pas que ça se perde ! Dans le classique plus qu’ailleurs, les artistes méritent une plateforme de distribution convenable.

Propos recueillis par Estelle Vandeweeghe

 

 

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