Salvatore Calcagno, le petit génie du théâtre belge

2017 SEPTEMBRE 5

 

À 27 ans, le metteur en scène Belgo-sicilien Salvatore Calcagno a déjà quatre pièces à son actif et deux projets en cours, dont le documentaire scénique GEN Z_searching for beauty, portrait subjectif de la jeunesse actuelle. Des mises en scène dans lesquelles les grandes figures du cinéma italien sont invoquées.

Par Estelle Vandeweeghe

(c) Antoine Neufmars

Pour qualifier Salvatore Calcagno, les médias belges n’hésitent pas à employer les grands mots : « prodige » ou « ascension fulgurante ». Il faut dire que le parcours du jeune homme aux yeux bleus est quelque peu impressionnant.

Calcagno, comme nombre de jeunes comédiens et metteurs en scène belges, étudie d’abord à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS). Lors de ses études, il rencontre le metteur en scène Armel Roussel, professeur invité, qui « le guide sur le chemin d’une introspection débridée », note Calcagno.

Il sort de l’INSAS en 2012 à 22 ans à peine. Sa carrière artistique débute avec Gnocchi, son projet de fin d’études, un « inceste culinaire ». Le ton est donné. Ce projet préfigure son premier spectacle en tant que professionnel, La Vecchia Vacca, dans lequel un jeune garçon (Calcagno lui-même ?) cherche à trouver sa place parmi les femmes, au cœur de la cuisine. Le spectacle décroche le Prix de la meilleure découverte aux Prix de la Critique 2013,  est programmé au festival Actoral à Marseille, au festival Impatience au 104 à Paris, ou encore nominé pour le Meilleur Spectacle Étranger par l’Association Québécoise des Critiques de Théâtre en 2015.

À partir de là, les mises en scène s’enchaînent. Avec, notamment, Le garçon de la piscine, un « hommage aux petits caïds assis sur les marches de l’église qui parlent beaucoup et lèvent parfois le poing », explique Calcagno. Plus récemment, il est invité par le célèbre Kunstenfestivaldesarts afin de créer une pièce dans le cadre de l’édition 2016. La consécration. Il propose alors Io sono Rocco, « chapitre chorégraphique et fantasmé de son journal intime », bouclant une suite de mises en scène à forte connotation autobiographique . « Un passage obligé » selon le jeune artiste, avant de pouvoir se concentrer sur autre chose que ses propres obsessions.

L’Italie en filigranes

Si la dimension autobiographique est plus que palpable dans les premiers travaux du jeune metteur en scène, l’influence de l’Italie l’est tout autant. Né à La Louvière dans une famille sicilienne, Salvatore Calcagno disait plus tôt à une consœur que ce qui le caractérise, « c’est le lien entre la Belgique et le Sud. Tout est un aller-retour entre les deux ». Ses mises en scène sont ainsi chargées de métaphores et tableaux de famille traditionnels en Italie, à l’image de cette cuisine, lieu de tous les fantasmes et harem de femmes dans La Vecchia Vaca.

Calcagno s’inspire par ailleurs de grandes figures du cinéma italien, invoquant Fellini pour sa folie, Visconti pour son esthétique et son sens du détail, ou encore Pasolini, pour le regard qu’il pose sur les acteurs. Dans Le Garçon de la piscine, Calcagno s’est par exemple inspiré du documentaire pasolinien Comizi d’Amore, dans lequel le cinéaste parcourt l’Italie à la rencontre de personnes de tous âges et de toutes classes sociales pour les questionner sur leur rapport à la sexualité. Calcagno était ainsi allé à la rencontre de jeunes dans leur lieux de vie, à savoir l’espace public : la rue commerçante et la place centrale de La Louvière, les arrêts de bus, les alentours des bancs publics.

Le metteur en scène ressort complètement fasciné par la répartie des jeunes rencontrés lors des interviews. L’idée de développer un projet sur la jeunesse est né.

La jeunesse comme œuvre d’art

La jeunesse est vraisemblablement un thème récurrent dans le travail de Calcagno. Si ce thème était autobiographique dans ses premières mises en scènes, lié à sa propre expérience, Calcagno se dirige maintenant vers une recherche centrée sur la génération qui suit la sienne, celle née après 1995, dite Génération Z.

Artiste associé au théâtre Les Tanneurs pour la saison 17-18, Calcagno travaillera sur le projet GEN Z_searching for beauty, véritable documentaire scénique co-écrit avec Emilie Flamant, son amie depuis le secondaire, également diplômée de l’INSAS, et Antoine Neufmars, avec qui il co-dirige la compagnie garçongarçon, qui permet de développer et diffuser leurs projets.

GEN Z se construira sur 1 an et demi, de l’été 2016 à l’hiver 2017 et suivra la méthodologie utilisée pour Le garçon de la piscine. Calcagno et son équipe partent à la rencontre de jeunes gens de La Louvière à Belgrade, en passant par Mons et l’Espagne à travers « diverses résidences et actions culturelles menées dans des écoles, des maisons de jeunes, ou de façon plus informelle, directement sur le terrain dans la rue, une salle de sport, un terrain de foot… », comme l’explique Calcagno, avec pour chaque lieu sa réalité sociale. Une méthodologie vécue par l’artiste comme « un véritable travail de recherche sociologique, quasi documentaire, mais pas journalistique », car sa recherche reste artistique : il tend à sublimer ces jeunes, leur parole et leur gestuelle, dans une mise en scène millimétrée et esthétique, dans laquelle chaque détail a son importance.

GEN Z sera composé d’une mise en scène, « pièce maîtresse du projet », explique Calcagno, mais aussi d’une exposition au Cinéma Galeries et d’un affichage sauvage dans Bruxelles avec les portraits de ces jeunes. « Sauvage, mais avec l’accord de la ville », précise le jeune homme.

Avec cet événement, Calcagno veut permettre aux jeunes de la Génération Z de libérer leur parole et de s’approprier chaque ville dans lesquelles l’événement aura lieu. De leur permettre « d’être les princes de la cité ».

GEN Z from Salvatore Calcagno on Vimeo.

 

 

Retrouvez l’actualité du projet GEN Z de Salvatore Calcagno prochainement sur Cult’uur.

Les représentations de GEN Z_searching for beauty auront lieu du 20/02/18 au 24/02/18, puis du 27/02/18 au 03/03/18 au Théâtre des Tanneurs.

 

Commentaires

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2 Réponses

    • Philippe

      Bonjour Annick,

      Voici et bon spectacle ;-)

      Sur Mars – Mons arts de la Scène
      6 & 7.03

      CENTRAL – La Louvière
      18 & 19.05

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