2018 MARS 14

Le Botanique propose un nouveau rendez-vous, cette fois-ci avec des photographes qui font « trembler l’œil ». Sous ce titre, l’exposition présente des artistes des années 1950 à aujourd’hui, soucieux de faire une photographie personnelle et anti-conventionnelle. Elle s’inscrit dans la veine de thématiques déjà abordées lors d’expositions précédentes, consacrées à William Klein, Sébastien Van Malleghem, Lara Gasparotto, Jane Evelyn Atwood et d’autres. La commissaire d’exposition, Marie Sordat, elle-même photographe, a sélectionné quelques-uns de ses mentors appartenant à différentes générations, qu’elle connecte entre eux : les pionniers ouvrant la voie à la fin des années 1950 (Robert Frank, Ed van der Elsken et William Klein), leurs héritiers développant une œuvre autour des années 1980 et 1990 (Dolorès Marat, Antoine d’Agata) et les jeunes pousses d’aujourd’hui (Sébastien Van Malleghem). 

Par Niek Verheyen et Emilie Garcia Guillen

Nederlands Fotomuseum®Ed van der Elsken, 1952

Le choix, volontairement subjectif, est parfois percutant, éclairant très bien les liens entre la première génération et ses successeurs directs. Le parcours, mi-historique, mi-sensible, est évoqué en textes et en images. On y suit la manière dont la photographie s’est libérée des conventions classiques, notamment en quittant le studio pour se plonger dans le flot et l’excitation de la rue, au plus près des sujets. Ainsi, dans les années 1950, William Klein floute les contours, utilise le grain et un cadrage hors-norme, donnant aux images une instabilité nouvelle qui les rend vivantes. Ces procédés sont ensuite largement repris, par exemple au Japon par les photographes avant-gardistes du magazine Provoke à la fin des années 1960, qui occupent le centre de l’exposition. L’esthétique novatrice de la photographie initiée à cette époque a essaimé dans des pratiques extrêmement diversifiées, au-delà de la photographie de rue, par exemple chez une Nan Goldin qui scrute l’intime ou chez une Jane Evelyn Atwood lorsqu’elle documente la vie des marginaux.

En avançant dans l’exposition, à mesure qu’on s’approche du présent, la cohérence de l’ensemble est plus difficile à suivre. A partir des années 1980, la force des œuvres décline ; la mise en évidence des liens entre les artistes semble s’effacer derrière les propres goûts de la commissaire. Les photographes semblent réunis par la proximité des effets et des techniques, mais on pénètre beaucoup moins dans la singularité de chaque univers. Les regroupements thématiques, par exemple autour des animaux, révèlent une certaine faiblesse des images en dehors de leur insertion dans des séries. Devant la répétition du flou ou de la saturation des couleurs, qui ne suffit d’ailleurs pas toujours à susciter l’émotion, le spectateur a alors parfois l’impression d’être face à un mélange d’artistes interchangeables.

Eyes Wild Open – sur une photographie qui tremble est à lire dans la perspective d’une série d’expositions montrées au Botanique, mettant à l’honneur des artistes qui ont en commun le goût de la subjectivité, la sensibilité au chaos de la vie et à l’émotion saisie sur le vif. L’exposition fait découvrir des artistes intéressants et parfois peu connus, comme les avant-gardistes japonais ou les photographes scandinaves des années 1970. Tentons une hypothèse : finalement, un des aspects les plus intéressants réside peut-être dans la trajectoire dont ce long parcours témoigne. Comment l’ambition anti-conventionnelle revendiquée dans les années 1950, en se diffusant largement, s’est-elle peu à peu muée en nouvelle convention ? Pour aller dans l’univers musical – puisqu’on est au Botanique –, c’est un peu comme si on relisait l’histoire du punk en allant des Sex Pistols à Blink 182. On peut regretter une décadence, mais le récit de la trajectoire n’en reste pas moins stimulant. Avec cette mise en contexte d’une esthétique importante pour l’histoire de la photographie, le Botanique semble clôturer un cycle, peut-être pour ouvrir de nouvelles pistes.

Fashion Mexico-City, Mexico.2002 ®Lorenzo Castore

L’exposition Eyes Wild Open – Sur une photographie qui tremble est à voir au Botanique jusqu’au dimanche 22 avril 2018

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