On s'est battu jusqu'à la dernière page

La revue belge de grands reportages cessera bientôt d’exister.
« Au nom de la science », actuellement en libraire, est notre dernier numéro.
Merci d’avoir lu, suivi, accompagné « 24h01 » durant cinq ans.

LE POURQUOILE MOT DE LA RÉDACTIONLE MODELE DES MOOKS EST-IL VIABLE ?

La fin de l’été signera la fin de 24h01, la revue belge de grands reportages, née en 2013. Le projet s’arrête pour des raisons financières. Cela signifie que le numéro d’été, intitulé « Au nom de la science », en vente jusqu’en septembre sur notre site et en librairie, sera bientôt un collector.

Quid de l’opération de sauvetage réalisée en 2017 ?

L’été dernier, 24h01 avait rassemblé 79.500 euros d’aides auprès du public (vente d’anciens numéros, mécénat et prêts). Cette somme devait pallier à un déficit de trésorerie et pérenniser nos activités. Qu’est-elle devenue ?

– 20.000 € étaient constitués de prêts ;

– 30.000 € ont servi à épurer des dettes ;

– 29.500 € ont été investis dans le projet (communication, reportages, salaires, livraisons…), ce qui a permis la sortie de quatre magnifiques nouveaux numéros.

Grâce à cet apport financier, 24h01 a pu sortir la tête de l’eau, améliorer sa structure et réaliser de nombreux changements : affinement de la ligne éditoriale, révision du prix de vente, réduction de certaines dépenses… Cependant, en l’absence d’une augmentation du nombre d’exemplaires vendus ou d’une révolution complète du modèle économique, nous avons continué à perdre de l’argent à chaque édition.

Que fallait-il de plus ?

Des ventes. Notre équilibre financier nécessitait d’écouler 2.650 exemplaires par numéro. Or, nous avons tourné cette année autour de 1.800 exemplaires vendus par trimestre, soit 30 % en dessous de nos objectifs.

D’autres facteurs expliquent aussi la fin de 24h01. Parmi lesquels :

– un modèle économique précaire pour l’ensemble des « mooks » ;

– des moyens financiers et humains trop limités chez 24h01 ;

– un manque de visibilité pour 24h01 sur un marché belge francophone par ailleurs trop étroit ;

– la difficulté de définir l’identité du magazine.

24h01 va-t-il définitivement disparaître ?

Oui. Cette fois, la clôture est définitive. Néanmoins, une partie des reportages qui devaient être publiés en septembre seront diffusés cet été dans les pages du quotidien Le Soir, afin de prolonger le travail journalistique mené par 24h01 en Belgique depuis 2013 : du journalisme de temps long, de terrain et de récit.

Quel est notre sentiment ?

L’équipe de 24h01 est, plus que jamais, convaincue de l’importance du type de journalisme qu’elle a pratiqué pendant cinq ans, mais réalise que le modèle et le format choisis n’étaient pas les bons. L’intérêt d’un quotidien comme Le Soir pour le contenu de 24h01 confirme par contre que le journalisme narratif est une voie à suivre, qui a très certainement un avenir en Belgique.

Que se passera-t-il pour les abonnés de 24h01 ?

Nous sommes en mesure de clôturer les activités de 24h01 de façon responsable. Nous comptons donc rembourser les abonnés. Ces derniers ont reçu un courriel avec une procédure à suivre.

24h01 c’était quoi ?

– une revue belge de grands reportages

– le premier « mook » belge

– 13 numéros parus en 5 ans

– 247 grands reportages et autres chroniques

– 45.000 exemplaires tirés

– 3 équivalents temps plein

– 20 journalistes, photographes ou illustrateurs indépendants par numéro

– 10.000 followers sur les réseaux sociaux

– 161 écoles secondaires qui utilisent la revue comme outil pédagogique

 

Édito-collage réalisé par la rédaction sur base de phrases reprises dans tous les éditos de l’histoire de “24h01”. Exercice particulier et intéressant de relire ce qui a été écrit au fil des ans – sur “24h01”, sur la presse et sur le journalisme – pour ensuite réagencer ces propos et leur donner un nouveau sens. 

DE BATTRE LE JOURNALISME A CONTINUÉ

Au début, chacun pouffait dans sa barbe. Ainsi est né notre premier numéro, bille en tête, fin 2013, en réaction à la panurgisation médiatique. Voilà que des choses rarement vues allaient investir l’espace public belge : un format long sur du papier épais, un graphisme affirmé, 18,50 euros pour un magazine (non mais ça va pas la tête). Artisanal, il prône l’approfondissement de sujets divergeants, décalés ou moins pressants.

« Continuez, votre projet est unique ». « Chaque matin, avec mon café, je lis un article du dernier 24h01. C’est le meilleur moment de ma journée. » Comment ne pas se réjouir de l’engouement de nos premiers suiveurs ?

Nous sommes certainement les seuls étonnés : cela n’a pas fonctionné. Même si notre démarche a été très bien accueillie, notre revue est restée un projet fragile. Ils doivent sourire tendrement en lisant ceci, ceux qui nous avaient prévenus : « le climat économique ne s’y prête pas, encore moins la situation délicate de la presse » ; « l’érosion d’un lectorat déjà restreint en Belgique francophone doit inciter à la prudence » ; « il y a pléthore de nouvelles et le citoyen est saturé d’informations ».

Étions-nous à côté de la plaque ? Pourtant, un article long, s’il est bien écrit et bien raconté, c’est un régal. Pourtant, avec le temps, 24h01 a évolué. Mais peut-être que l’angle d’attaque de notre projet était légèrement trop obtus. Résultat, quand on consacre des week-end entiers à matérialiser un numéro – un seul ! – d’une revue encore trop anonyme sous nos latitudes, quand on se bat chaque jour pour des économies de bout de chandelle, un question un tantinet tragique nous traverse l’esprit : à quoi bon ?

Devant cet apparent cul-de-sac, le salut doit passer par la signature d’un nouveau contrat entre les reportages au long cours et les éditeurs de presse. La revue 24h01 doit s’adapter à des habitudes de lecture en pleine mutation, sous peine de n’être plus lue que par elle-même. Selon nous, il faut dès à présent exiger de la qualité, quel que soit le support – imprimé ou digital, quotidien ou magazine. Ce qui nous paraissait un retour en arrière devient alors un fantastique bon en avant : prendre le meilleur de l’ancien et du nouveau.

Un cadavre, ça palpite. Avec notre foi inébranlable dans l’inventivité, nous sommes habités par une ferme volonté : faire place à des réflexions sur la presse qui nous entoure pour contribuer à la faire évoluer. Il faudra se raccrocher à d’autres dieux, de façon à ce que la profession, socle de notre idéal démocratique, regagne la confiance du grand public. Tout est neuf, tout est possible.

Ce n’est pas un hasard si cet édito a été façonné sur base du langage utilisé dans nos précédents éditos. Au lecteur d’en cogiter les raisons.

Post-scriptum. 24h01, mignonne petite étoile belge dans la galaxie de titres estampillés « fiables », est une aventure qui a mobilisé de nombreuses énergies.
Un énorme merci !

Pour en parler, Marie Vancutsem a reçu autour de la table de “Débats Première” ce vendredi 6 juillet sur La Première, Catherine Joie, rédactrice en chef de 24h01, Benoit Grevisse, professeur et directeur de l’Ecole de Journalisme de Louvain, Quentin Jardon,cofondateur de Wilfried Magazine et ancien rédacteur en chef de 24h01, Marion Quillard,rédactrice en chef adjointe de la revue française XXI et Chloé Andries, une des pilotes de Médor.

Regarder et/ou écouter sur Auvio

Commentaires

commentaires