Dans la bourgade namuroise de Lesve, la famille Tasiaux diffuse Radio Chevauchoir depuis 1982 à partir d’un studio minuscule. Cette aventure, lancée par un garagiste puis poursuivie entre les quatre murs d’une roulotte, perdure aujourd’hui malgré les dettes, la concurrence des radios commerciales et la jeunesse qui n’a que faire de la chanson française. Mais à l’heure de l’information numérique, que peut donc encore apporter une radio locale animée par des amateurs ? Reportage sur les hauteurs du village, dans un décor sorti tout droit d’un album de Lucky Luke.

Auteur: Emilien Hofman

Photographies: Frédéric Pauwels

Rubrique: D’Ici

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Making Of

Depuis 1982, la famille Tasiaux s’occupe quotidiennement de Chevauchoir FM, cette radio locale née d’une envie folle du patriarche Marcel de distraire et d’accompagner les gens de la région.

Dans la province de Namur, Radio Chevauchoir a deux réputations différentes : largement appréciée par les personnages âgées, la simple évocation de son nom suffit néanmoins à faire sourire une bonne partie des plus jeunes. « C’est une radio de vieux qui est diffusée à partir d’une roulotte, non ? » pense d’ailleurs la plupart d’entre eux. Quand on se rend à Lesve, on s’imagine trouver une sorte de home avec des pensionnés qui passent des 33 tours à partir de leur chaise roulante, que nenni ! Chevauchoir FM dispose en effet d’un matériel très récent – « et très coûteux », aime-t-on préciser sur place – et si les animateurs ont pour la plupart un certain âge, ils débordent d’énergie et de volonté. Le contact avec eux se fait très facilement, premièrement parce qu’ils se battent tous pour la même chose : la survie de leur radio, ils ont donc envie qu’on parle d’elle. Deuxièmement, parce qu’ils sont habitués à monologuer aux oreilles de centaines de personnes durant leurs émissions de trois heures. Et troisièmement, grâce au côté social de la radio qui fait que les animateurs sont tous habitués à répondre au téléphone et à discuter avec leurs auditeurs, à écouter leurs problèmes et à les soutenir.

Jean-François, le très jovial responsable communication de la radio, facilite les contacts puisqu’il connaît tout le monde : de la petite auditrice de Sart Saint-Laurent à la responsable de la grosse ASBL du coin en passant par le pharmacien de Profondeville et l’accordéoniste Henri Golan. Parmi ces derniers, une seule intervenante – pour qui nous nous étions pourtant déplacés exprès – a refusé de parler de la radio, prétextant que cela gênerait les administrateurs, mais confiant néanmoins qu’elle craint énormément la cessation des activités. Pour tous les autres intervenants, les rencontres se sont organisées grâce aux conseils de Jean-François qui renseignaient les personnes dont les témoignages lui semblaient les plus intéressants. Les animateurs, tous très fiers de faire partie de l’aventure Chevauchoir, ne cachaient pas que ce statut leur apporte une certaine célébrité. L’un d’entre eux a ainsi confié que certaines personnes venaient régulièrement le trouver dans la rue en disant : « Tu ne me reconnais pas ? Je t’écoute tous les jours à la radio ! »

Les discussions avec Jean-François, très fréquentes et considérables, se sont quant à elles déroulées à la radio ou lors d’une activité organisée à Profondeville, le tout avec une bière à la main. Elles ont permis de faire connaissance avec un personnage extrêmement engagé pour sauver sa radio. « Lors d’une vente aux enchères organisée en 2013, il y avait un trophée équestre offert par la femme du chanteur Franck Olivier : le “Super Country Star 2003”, se souvient Jean-François. Je me suis dit : “Putain, il le faut.” Pour mon plaisir, bien entendu, mais aussi pour sauver la radio. Alors j’ai surenchéri et je l’ai eu. »

Francis Tasiaux, le frère de Lysiane qui a quitté la radio début août, a quant à lui été quelque peu réticent à l’idée de parler de la radio. En désaccord avec sa sœur, il n’en comprend pas trop le fonctionnement actuel mais reste néanmoins attaché à celle qui lui a tout donné depuis sa jeunesse. Il assure ainsi encore écouter régulièrement la radio le matin, lui qui, enfant, ne pouvait pas passer à table tant qu’il n’avait pas été faire son heure d’animation.

Réputée et même auto proclamée « radio pour vieux », Chevauchoir FM est une vraie preuve que la radio peut encore avoir un autre rôle que celui d’informer et de divertir. À force de côtoyer des auditeurs, il est devenu de plus en plus clair que la radio était pour la plupart le fil rouge de leur journée : entre les émissions spécifiques et les coups de téléphone aux animateurs, ils sont toujours accompagnés par la radio des hauteurs de Profondeville. Ce rôle est d’ailleurs souligné par différentes associations et ASBL du coin qui n’hésitent pas à faire appel à Radio Chevauchoir pour animer des festivités locales. « Quelques fois, j’en profite pour jouer de l’accordéon, souffle Jean-François. Ici, contrairement à l’harmonie, je vais pouvoir faire des fioritures pour amuser la galerie. »

Émilien Hofman

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