Dans certains villages wallons se tiennent de curieux rassemblements : des propriétaires de coqs misent de l’argent et font chanter leurs bêtes. Ces concours populaires aux origines imprécises se maintiennent vaille que vaille. Pour combien de temps encore ?

Auteur: Gilles Bechet

Photographies: Thibault Grégoire

Rubrique: D’ici

RetrouvezCetArticle4

Making Of

En bon bruxellois, je n’avais jamais entendu parler des chanteries de coqs, jusqu’à ce que Jean Lambert, un auteur et metteur en scène de théâtre liégeois m’en parle comme d’un sujet intéressant pour un reportage. Des recherches sur internet m’ont conduit au blog d’un jeune garçon de 17 ans, Dimitri V., dont la dernière entrée remontait à 2007. J’entre en contact avec lui par mail, puis par téléphone. Il est toujours passionné par les coqs même s’il fréquente un peu moins les chanteries. Je le rencontre chez lui à Amay, où entre deux déménagements, il n’a provisoirement pas de coqs à son domicile. Il a toujours un solide réseau de relations qui me mènent jusqu’à la chanterie Pironchamps, du côté de Farciennes.

L’ambiance particulière d’un matin d’hiver et le côté non spectaculaire de cette pratique – on ne va quand même pas appeler ça un sport — compensé par la passion des maîtres chanteurs pour leurs volailles de basse-cour qui n’ont vraiment rien de commun avec les « bêtes poules du marché » est surprenante. Je vais ensuite à Hodeige, dans la province de Liège où il y a un peu plus de monde, mais toujours cette retenue, une certaine pudeur masculine dira-t-on. Il est un peu plus tard dans la journée, on est à ciel ouvert, ce qui contribue à changer l’atmosphère.

Le contact avec une autre chanterie, dont par courtoisie je tairai le nom, tourne court. Le président après avoir accepté de me recevoir, sans trop d’enthousiasme, il faut bien le dire, m’envoie un texto quelques heures plus tard pour m’informer qu’il est inutile que je me déplace. Quand je l’appelle, il m’explique qu’il ne veut pas de reportage, sans pour autant me donner la moindre raison, malgré mon insistance. Mais il me prévient que si je viens quand même, il fera tout pour m’en empêcher. Bigre ! J’imagine, je suppose, que lui ou quelqu’un d’autre du comité ne voulait pas qu’un journaliste vienne s’immiscer dans un lieu où l’argent circule et change de main. Discrétion mal placée puisque les sommes échangées paraissent minimes par rapport à d’autres sports pratiqués dans le Royaume. Soit, je les laisserai cocarder entre eux.

Au fil de mes différentes rencontres et conversations, une chose restait un peu floue : l’origine de cette pratique. Les chanteries que j’ai visitées ne disposent curieusement d’aucune archive, ou en tout cas pas de documents qu’on était disposé à me montrer.

Une visite au musée de la vie wallonne me confirme que le déroulement de la chanterie est quasi immuable depuis un siècle. Les poinçons, les trompettes de cuivre n’ont pas changé. Seuls les solides chronomètres ont remplacé les montres à gousset.
Dans la petite pile de documents que l’on avait préparés à mon intention, j’ai retrouvé avec une certaine émotion une demi-douzaine de revues sépia que j’avais souvent feuilletées dans la maison de ma grand-mère Augusta qui habitait dans le Hainaut. La revue s’appelle A-Z et je dois dire que j’avais été bien plus fasciné par le numéro qui mettait en couverture Marlène Dietrich dans Blonde Venus plutôt que celui qui arborait un coq, aussi fier soit-il.

Dernière étape de mon périple, une foire-exposition d’animaux de basse-cour à Aarschot. Tous les petits éleveurs de coqs ne les font pas chanter, loin de là, mais tous sont fascinés par cet animal aux innombrables espèces et variétés. Je n’irai pas jusqu’à installer une ou deux poules dans mon petit jardin de ville, ce qu’une voisine avait pourtant fait. « Les poules ne sont pourtant pas aussi tapageuses que les coqs m’assurait une passionnée d’élevage et question nuisances pour le voisinage pourquoi en voudrait-on à cette pauvre poule alors qu’on risque à tout moment de se laisser réveiller par des motos ou des voitures qui dévalent la rue aux petites heures.

 

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Nous utilisons Google Analytics

Veuillez confirmer, si vous acceptez le suivi par Google Analytics. Vous pouvez également refuser le suivi, de sorte que vous pouvez continuer à visiter notre site Web sans aucune donnée envoyée à Google Analytics.