Quotidien trépidant, coups de feu réguliers, horaires impossibles : les employés de la Fondation Mons 2015, en grande majorité des Wallons et Bruxellois, auront vécu douze mois à une cadence très intense, relevant jour après jour le défi d’une année culturelle réussie. Pour certains, l’investissement se sera étalé sur plus d’un lustre, en grignotant au passage temps livre et vie de famille. Organiser une capitale européenne rend-il fou ?

Texte de Sophie Marenne

Illustrations de Sylvain Bureau

Rubrique: Mons en quête de renaissance

Retrouvez cet article dans le numéro Hors-série Mons 2015

Making Of

Mons est une ville qui m’était étrangère. À mes oreilles, le nom n’évoquait que le Hainaut, Elio Di Rupo et la frontière française. J’y ai débarqué deux jours avant la fête d’ouverture, tel un navigateur sur une terre vierge, ignorant totalement ce que j’allais y trouver. En me rendant au QG des organisateurs, je pensais que j’allais les gêner. Je m’attendais à tomber comme un cheveu dans le pagnon (tarte épaisse au sucre, spécialité locale). Je me suis vite rendu compte que non seulement j’étais très bien accueillie, mais en plus les locaux avaient une grande envie de raconter.

Yoann Waroquier était mon contact sur place. Ce Welcome Officer polyvalent se chargeait carrément de mon agenda d’entretiens. Je lui proposais une date pour venir, et il essayait de me faire rencontrer un maximum d’employés de la Fondation en une journée. C’était extrêmement confortable et gentil de sa part. Un jour, alors que mon train était resté en rade en rase campagne pendant une vingtaine de minutes et afin que je ne sois pas en retard à mes nombreux rendez-vous, il est même venu me chercher à la gare avec une belle voiture neuve estampillée « MONS 2015 ». Ce type de véhicule est d’ordinaire réservé au transport de journalistes étrangers ou de personnalités : un vrai traitement de princesse !

À côté de cet accueil toujours courtois, les nombreuses personnes que j’ai rencontrées avaient en commun une grande soif de s’exprimer. Ils me parlaient avec enthousiasme de ce qu’ils faisaient au quotidien. Ils racontaient leurs longues journées, leur manque de sommeil, leur lourde charge de travail, souvent avec animation et toujours avec fierté. Je pense personnellement qu’ils étaient heureux qu’on s’intéresse aussi (enfin ?) à eux. Leur travail est en effet souvent caché dans l’ombre du nom de la ville.

À côté de cela, je devais parfois m’affirmer. Je ne suis pas sûre d’avoir toujours été prise très au sérieux. Une après-midi, alors que je devais retrouver un travailleur qui m’étais inconnu pour l’interroger pour la première fois, celui-ci s’est écrié avec une légère anxiété en apercevant Yoann : « Elle est arrivée, la journaliste ? » J’étais à côté. Cette personne n’avait vraisemblablement pas pensé qu’avec mon petit mètre-soixante, mes joues rondes et mon style coloré, j’étais cette journaliste qu’il devait rencontrer…

Globalement, j’ai retiré de beaux souvenirs de ce reportage : une ville bien plus jolie que ce à quoi je m’étais préparée, un siège de la Fondation moderne et agréable, puis surtout des personnes ouvertes, dynamiques, passionnées… Peut-être n’avaient-ils pas assez de recul critique face à ce qu’ils étaient en train de faire. Mais qui pourrait leur en vouloir ? Pour s’engager au sein du « Monstre Mons », comme ses détracteurs l’appelaient, il était peut-être justement nécessaire de se cacher les aspects plus sombres de l’aventure, afin de se concentrer sur l’atmosphère électrisante qui a fini par les englober tous.

Sophie Marenne

 

 

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