Avec leurs tenues improbables et leur élégance comme fer de lance, ils contrastent avec la misère ambiante de Kinshasa. Les sapeurs, nés dans l’ancien Congo colonial pour clamer haut et fort que le style n’était pas l’apanage des Blancs, ont fait du chic et de l’ostentatoire les piliers de leur idéologie. Hier arme politique, la très populaire Sape prend aujourd’hui des allures de religion-business dans l’un des pays les plus pauvres au monde.

Texte de Delphine Bauer

Illustrations de Fabienne Loodts

Rubrique: D’ailleurs

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Making Of

Un sujet sur les sapeurs ? C’est dans mes cordes ! Quand je commence à faire mes recherches, je suis bien naïve. Je me dis que je vais venir facilement à bout de ce sujet. J’ai déjà bossé sur des thématiques bien plus sensibles : crimes d’honneur en Inde, homosexualité sous la charia en Indonésie, droits des femmes en Tunisie… Mais la magie du journalisme est de réserver des surprises. Des bonnes, parfois, et des mauvaises aussi.

Pour finalement parvenir à intégrer le petit monde des sapeurs, il nous a fallu, à Aude, la photographe et à moi-même, faire preuve de patience. De beaucoup de patience. D’une part, les interlocuteurs n’étaient pas hyper réactifs à la prise de contact, mais ils sont pardonnés car l’accès Internet est un vrai parcours du combattant en RDC, nous l’avons bien constaté par nous-mêmes! Les coupures d’électricité sont légion, même à Kinshasa, et le réseau est très, très mauvais.

D’autre part, certains de nos interlocuteurs, comme Papa Griffes, n’ont pas facilité la coopération. Sûr de lui, auto-proclamé « Sapeur suprême » -en toute modestie-, il a fait barrage pour rencontrer certains membres de son groupe, surtout les femmes, et a demandé de l’argent. Malaise pour les journalistes que nous sommes. Du côté de certains sapeurs, pourtant, rien de problématique à recevoir un petit billet comme contribution : ils considèrent la Sape comme un véritable métier, un moyen de gagner leur vie. Donc nous rencontrer est, à leurs yeux, l’équivalent de nous offrir un « service ». CQFD.

Le mouvement, victime de son succès, a vraiment transformé le rapport que ses membres entretiennent avec l’argent et les médias. Dur de ne pas donner une somme, même modeste, à nos interlocuteurs, pour réussir à les convaincre de s’exprimer. Cette expérience a été intéressante d’un point de vue social, historique, mais aussi humain. Ce reportage est une victime. Victime du succès de la Sape, et donc de sa « marchandisation »?- dont l’essence est, peut-être, en train de se transformer en une édulcoration du mouvement, corrompu par le capitalisme et une image erronée de l’Occidental, comme archétype du nanti.

De l’autre côté, vibrer avec les habitants lors des défilés valait bien ces désagréments, car, pendant ces quelques minutes, la vie s’arrête littéralement.

 Stéphane Taquet

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