En Iran, aux yeux de la loi, une femme vaut la moitié d’un homme. Depuis qu’elle l’a lue, cette phrase n’a cessé de résonner dans la tête de la photographe belge Marie Tihon. À 22 ans, elle décide alors de se rendre à Téhéran à la rencontre de trois jeunes femmes à qui l’avenir semble appartenir. Dans un pays où les Iraniennes, omniprésentes, sont en train d’investir l’espace public.

Texte et photos de Marie Tihon

Rubrique: D’ailleurs

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Making Of

Janvier 2014. Premier séjour en Iran. Quinze jours à parcourir Téhéran, Shiraz, Yazd, Isfahan, Qom et Kashan. Je découvre la culture, j’appréhende de nouveaux codes sociaux, je me familiarise avec le voile et le manteau. J’accepte les regards intrigants. Et le fameux « Do you like Iran ? » qui résonne toujours dans ma tête. Je satisfais les plus curieux en leur expliquant mes ressentis sur leur pays. Je reste bouche bée devant le sens de l’hospitalité des Iraniens. Je me fais accepter de ville en ville par des familles plus différentes les unes que les autres. Partage de valeurs mais surtout échange de recettes, preuve que la cuisine rapproche. Le kashk Bademjoon, sorte de purée d’aubergines au fromage fermenté, n’a plus de secrets pour moi.

Un voyage riche de ses rencontres, une première prise de contact avec des femmes aux vies surprenantes. Je reste sur ma faim. J’attends mon prochain séjour avec impatience.

Septembre 2014. Ma deuxième aventure iranienne dure plus de trois semaines. Les Welcome to Iran résonnent à tous les coins de rue, mais cette fois-ci, fini le repérage languissant. Je me mets dans la peau d’un vrai reporter. Enfin, j’ai parfois plus l’air d’une infiltrée. On m’a tellement mise en garde sur les risques que je courais « mais tu es folle de partir seule en Iran ! En plus y faire un reportage photo sans visa de journaliste, tu veux finir à la prison d’Evin ? ». Tout doucement s’immisce en moi un sentiment jusqu’alors inconnu… La paranoïa! J’analyse les gens qui m’entourent, je repère les meilleurs moyens de fuir partout où je me trouve, je dévoile rarement ma véritable identité, ou du moins les raisons de ma venue en Iran. La solitude m’envahit mais pas pour longtemps. Très vite je fais la connaissance de Mahsa. C’est une amie de mon hôte. Sa personnalité me fascine. Ensuite je rencontre Zahra, l’intrigante.   Enfin, Gunay, que j’avais rencontrée lors de mon précédent voyage, accepte de participer à mon projet. Toutes parlent parfaitement l’anglais, c’est une aubaine. Pas besoin de traducteur, je suis seule avec ces jeunes femmes. Elles m’acceptent facilement dans leur quotidien. Je leur demande de ne pas se préoccuper de moi. Je deviens un meuble, et puis aussi leur amie. Elles se confient à moi. Je leur répète chaque jour que j’admire leur courage et leur ténacité. Elles m’ont prise par la main, parfois dans des moments très intimes. Elles croient en mon projet de reportage et ma capacité à témoigner, comme je crois en leur force intérieure. Bien sûr, ce n’est pas toujours évident de les suivre partout, surtout dans les lieux publics, les agents de police ou de la sécurité sont aux aguets.

On me questionne souvent. Je mens. Je me fais tantôt passer pour une actrice du « Puppet festival Mobarak », qui aimerait rencontrer le professeur d’art de l’Université de Téhéran, tantôt pour une sportive belge d’aviron. Des histoires passionnantes, des cartes mémoires pleines me font rentrer à Bruxelles avec l’envie de témoigner et de transmettre cette expérience intense.

Marie Tihon

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