Derrière les cinq nouveaux musées de la ville de Mons se cachent des chantiers longs de plusieurs années, des millions d’euros, des équipes d’hommes et de femmes aux métiers multiples. Parmi eux, des artisans de taille : les scénographes. Leur décors, leurs éclairages ou leurs vitrines ne sont pourtant jamais le centre de leur propos. Tous veulent mettre leur expérience au service d’histoires qu’ils évoquent avec une multitude d’outils. Rencontre avec ces conteurs d’un genre spécial.

Texte de Olivier Standaert

Illustrations de Célia Callois-Benoist

Rubrique: Mons en quête de renaissance

Retrouvez cet article dans le numéro Hors-série Mons 2015

Making Of

Des épaules larges et modestes

Les quatre scénographes rencontrés pour 24h01 peuvent tous faire état de solides références. Le CV de Martial Prévert (avec son associé Wilson Spriet) mentionne par exemple le nouveau hall d’entrée de la Bibliothèque Royale de Belgique, la muséographie du Musée Magritte et celle du musée Hergé. Catherine Dohmen a dirigé un projet immobilier à Paris (construction de 100 logements, d’une école et de commerces), le Centre d’interprétation du littoral et de mémoire à l’Aiguillon-sur-Mer (Vendée) ainsi que des rénovations de loges maçonniques. Jacques Bodelle, le plus expérimenté du quatuor, est le pionnier de la signalétique touristico-culturelle, domaine dans lequel il a été plusieurs fois primé à l’international. Avec l’architecte Serge Roose, il a conçu le pavillon belge à l’Exposition universelle de Hanovre et fut également le maestro du musée des instruments de musique de Bruxelles. Dernièrement, il a fait partie de l’équipe en charge du nouveau musée de la bataille de Waterloo. Christophe Gaeta s’est lui aussi bâti une renommée qui dépasse nos frontières. Parmi ses nombreux projets, on peut citer « 14-18 c’est notre histoire » au musée de l’armée à Bruxelles, le musée de la Red Star Line à Anvers ou l’expo « À table » à Tour & Taxis en 2011.

Tous ces scénographes se connaissent, ils sont souvent concurrents lors des appels à candidatures, parfois ex-collègues, parfois amis, parfois en froid. Si le monde de la création muséale a parfois l’air de tenir dans un mouchoir de poche, il n’en est rien quant aux sensibilités : ils ont beau avoir fréquenté (souvent) les mêmes écoles et postuler auprès des mêmes commissaires d’expos, les quatre personnalités rencontrées ont chacune leur manière de parler de leur travail, leur « tempo » pour le décrire, leurs priorités en matière d’enjeux, leurs préférences esthétiques. Là où ils se ressemblent le plus, c’est quand ils doivent parler d’eux : tous choisissent de le faire à travers les projets qu’ils développent, les matériaux, les lumières, les objets, les sons, les ambiances qu’ils créent. On ne parle pas de soi de but en blanc, mais par le biais de la scénographie. Tant pis pour le cliché : on n’avait pas toujours été habitué à de telles postures lors d’entretiens avec des professionnels (du monde artistique notamment). Volontiers discrets, quelquefois dans l’esquive, peut-être n’ont-ils pas l’habitude de parler d’autre chose que de leurs créations ? Raconter leur histoire, les racines de leur passion, l’enfance d’une vocation a semblé moins évident que de souligner l’isolement du scénographe face à certains problèmes techniques, l’articulation collective de tout chantier et l’adaptation aux exigences des commanditaires. Découvrir ces hommes et ces femmes scénographes, c’est comme découvrir la collection d’un musée : on le fait au moyen du décor, du dispositif, des atmosphères. Il y a toujours quelque chose qui réussit à faire parler les objets… et les hommes.

Olivier Standaert

 

 

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Nous utilisons Google Analytics

Veuillez confirmer, si vous acceptez le suivi par Google Analytics. Vous pouvez également refuser le suivi, de sorte que vous pouvez continuer à visiter notre site Web sans aucune donnée envoyée à Google Analytics.