Voici quarante ans, le 17 avril 1975, les Khmers rouges s’emparaient de la capitale du Cambodge. Kunthea Ken est encore enfant quand elle subit la folie du régime communiste : déportation, massacres, vie de misère… Installée aujourd’hui à Bruxelles, elle est considérée comme l’une des plus grandes pratiquantes de la danse classique khmère et son unique représentante en Belgique. Son histoire est celle d’une nation entière encore traumatisée par les Khmers rouges, où se mêlent destinée personnelle et grande fresque politique.

Texte de Skan Triki et Eglantine Pierson

Illustrations de Juliette Léveillé

Rubrique: D’ici et d’ailleurs

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Making Of

Destins croisés

La relation entre ma famille et la communauté khmère précédait ma naissance. Elle ne cessa de s’amplifier au cours des ans, imprégnant toute mon enfance et mon adolescence par une implication dans une série d’événements de la vie culturelle et religieuse cambodgienne. Cette amitié de mes parents, longue de 35 ans, nous poussa à aller voir avec les Cambodgiens de Belgique, une représentation unique de danse traditionnelle khmère. Subjugués par la gestuelle raffinée de la danseuse étoile, nous allâmes la féliciter dans sa loge en compagnie d’un journaliste belge : son futur mari. C’était ma première rencontre avec Kunthea Ken.
Aujourd’hui, 16 ans plus tard, elle est devenue une amie proche de la famille et je suis ses cours de danse classique et folklorique khmère depuis 3 ans. Étudiante en communication, je désirais me lancer dans la profession de journaliste par un reportage sur le Cambodge, sujet qui me tenait fort à cœur. Il y a un an, à la fin d’un cours, mon professeur me raconta comment elle s’était retrouvée par hasard dans un avion aux côtés de Khieu Samphan. Consciente de fréquenter « une légende vivante de l’art khmer », c’est ainsi que l’idée d’un parallèle entre la vie mouvementée de celle-ci et ce génocide mal connu émergea. Skan et moi voulions traiter un sujet ensemble depuis un moment. Nous en avons discuté et décidé de nous associer dans ce projet, inscrit à l’occasion des 40 ans de l’entrée des Khmers rouges à Phnom Penh.
Il nous fallait cependant préciser les choses. Fin octobre, les prémices du reportage étaient nées. À cet effet, je lui présentai Kunthea le 7 novembre. C’était le début d’une suite poignante de conversations et d’interviews entre Kunthea et Skan. Un mois après, la revue passe commande. Je me chargeai pour ma part de retracer le contexte historico-politique de la vie de notre héroïne. Bien entendu, chacune des parties a eu son lot de difficultés. Pour la recherche documentaire des éléments contextuels, ce n’était pas une mince affaire que de résumer en moins d’une page comment le mouvement khmer rouge vint à imposer un régime de terreur durant presque quatre ans. Quant au récit de Kunthea, l’élément difficile était de rendre vivants des souvenirs parfois vieux de quarante ans. Un passé qu’elle n’avait jamais évoqué de manière aussi profonde. En 1975, elle n’avait que huit ans. Ainsi, son esprit ressassa de nombreux détails sous la forme de flashs : la ville de Phnom Penh évacuée en un jour, des cadavres étendus dans une pagode bouddhique, une marche à n’en plus finir sous un soleil de plomb, un quotidien de travaux forcés…

Pendant les entretiens, certains moments étaient douloureux à entendre comme la mort de sa mère. D’autres, au contraire, ont provoqué des larmes de rire. Et comment oublier le thé à la cannelle et à la fleur de jasmin qu’elle servait à chaque conversation ?

 

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