Alors étudiant en théologie, Roberto Gonzáles est convoqué par son directeur qui lui dit : il paraît que tu es gay, jamais tu ne deviendras pasteur ! Mais Roberto ne perd pas la foi et, en 1998, il crée une église pour la communauté LGBT dans son humble appartement de Buenos Aires. Chaque dimanche, en compagnie de Norberto, l’homme de sa vie, il donne la messe pour ceux qui sont rejetés par l’église, selon un adage qui lui est cher : « Dieu vous donne des ailes et la religion vous met en cage ».

Texte et photographies de Jean-Jérôme Destouches

Rubrique: D’ailleurs

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 Making Of

Réaliser un photo reportage de la vie du Pasteur gay Roberto González n’a pas été une mince affaire. J’ai travaillé six mois avec lui dans son appartement à Buenos Aires situé à quelques mètres de la fameuse avenue Corrientes.

C’est en écoutant les diatribes du Vatican et de Benoît XVI sur les gays que j’ai désiré réaliser un reportage sur une figure religieuse qui affirmait son homosexualité. Les recherches ont été longues, mais grâce à internet j’ai pu trouver le téléphone d’un centre chrétien de la communauté LGBT à Buenos Aires. « L’église » et le centre de soutien gay du pasteur Roberto González dans son appartement ! La première rencontre a été cordiale et un peu froide. Je pense qu’il devait se demander ce qui pouvait m’intéresser dans ce reportage et surtout si j’étais gay ! C’était un préjugé assez classique.
Un journaliste travaillant sur la vie d’un pasteur gay devait l’être lui même. Il s’est rendu compte assez rapidement que ce n’était pas le cas et que je désirais réaliser un reportage profond sur le thème de l’homosexualité et de l’Église. Je savais que le sujet était passionnant, mais qu’il allait être difficile à réaliser. Et je ne me doutais pas que le pasteur, lui-même, allait me limiter dans mon reportage. Il est vrai que lorsque l’on réalise un photo reportage il ne faut pas avoir peur de s’immiscer dans la vie des autres. C’est quelque chose que j’affectionne particulièrement et qui m’a toujours attiré dans le photo reportage.
Je lui avais pourtant bien expliqué avant de commencer : « va falloir que je passe pas mal de temps avec toi ! » Il avait amplement acquiescé à ma requête fumant clope sur clope en écoutant un tango d’Astor Piazzolla. Mais en vain, c’est tout le contraire qui s’est passé. Pendant des mois je ne pouvais aller chez lui que les dimanches (jour de messe dans son appartement) et la seule fois où il est allé bénir un couple de lesbiennes se mariant (avant que le mariage gay ne soit légalisé en Argentine) il m’a posé un lapin ! Je me suis retrouvé devant sa porte à l’attendre (un dimanche en plus) sans qu’il ne vienne.
Je l’ai appelé le soir même et nous nous sommes réunis. Je lui ai montré les photos que j’avais déjà faites de lui pour lui demander son opinion sur le travail et pour lui dire que je voulais absolument continuer. Il m’a dit qu’il était d’accord et qu’il allait me permettre de voir plus de choses de sa vie. Le week-end de la Gay pride a été ma troisième opportunité de le photographier en dehors de son appartement. Le voir au beau milieu des chars bondés de danseurs gays et de travestis avec son col romain blanc d’ecclésiastique autour du cou m’a transformé en photo reporter acharné. Je savais que c’était le jour à ne pas rater. Je ne l’ai pas lâché ni une seconde. À tel point que plusieurs photographes et journalistes m’ont tapoté dans le dos pour me demander la permission de le photographier.

 

 

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