À Bruxelles, le peloton de cyclistes quotidiens ne cesse de gonfler depuis quinze ans. Militants, accros, sportifs, bobos, tous vantent les atouts du vélo en ville, par opposition à la voiture, jugée impropre et encombrante. D’autres s’inquiètent de la suppression des places de parking au profit d’un moyen de transport sympathique mais marginal… Le « cheval de fer », qui s’apprête à fêter son bicentenaire, peut-il changer le visage de la capitale de l’Europe ?

Auteur: Quentin Jardon

Photographies: Justin Jin

Rubrique: D’Ici

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Making Of

Un journaliste ne propose jamais un sujet innocemment. C’est qu’il existe un lien entre ce sujet et lui, un lien parfois intime comme un souvenir d’enfance, ou un lien idéologique, une conviction, ou une confrontation quotidienne avec le sujet, une familiarité avec la thématique qui sera traitée, ou tout ça à la fois. C’était mon cas quand je suis venu avec l’idée d’écrire un sujet sur le « dieu vélo » à Bruxelles : tout ça à la fois. Ce lien personnel qui réunit le sujet et le journaliste, main levée en réunion de rédaction, prêt à soumettre sa proposition, rend l’instant qui va suivre – le moment où le journaliste entend la réaction de son rédacteur en chef, qui ne ressent pas nécessairement cette connexion particulière avec le sujet – souvent douloureux : le journaliste réalise que sa proposition ne convient pas, parce que en dehors de l’actu, pas intéressante pour le lectorat-cible, à côté de la ligne éditoriale du journal, décrivant un phénomène isolé, blablabla.

Parfois, par contre, les intérêts se rencontrent. Dans mon cas, c’était surtout ceux des membres du jury du Fonds pour le journalisme qu’il fallait rencontrer, puisque j’ai sollicité une bourse d’aide afin de réaliser mon reportage dans les meilleures conditions possibles. Bourse finalement octroyée : signe que le sujet est dans l’air du temps.

Il faut ensuite passer à l’action. Avec déjà un certain background (le fameux « lien personnel ») : quelques références faisant figure de livres de chevet, comme Le retour de la bicyclette de Frédéric Héran (souvent cité dans mon article), des connaissances accro au vélo quotidien, plusieurs années passées à sillonner les rues de Bruxelles à vélo en tant que mode de déplacement utilitaire, etc. Et avec en tête un défi majeur : me détacher de mon affection pour le biclou. Pondre un texte le plus nuancé possible, sans réel parti pris, même si le lecteur remarquera un léger penchant pour le vélo. Après tout, un article est toujours subjectif, même le plus factuel en apparence – ce qu’il faut, c’est de l’honnêteté et de la diversité d’opinions. C’est donner la parole à ceux qui pensent le contraire de vous. Les écouter, (essayer de) les comprendre. Comme disait Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à ma mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Je voulais également écrire un article « total » sur le vélo à Bruxelles, reprenant une kyrielle de points de vue, tout en abordant l’histoire de la bicyclette, les différents lieux où elle trouve (ou ne trouve pas) sa place, son développement bruxellois relativement à ce qui se passe dans d’autres villes dans le monde, les aspects culturels, économiques (surtout), environnementaux, sociaux… qui se cachent derrière cette vieille mécanique. Avec une accroche « actu » : l’an prochain, on fêtera le bicentenaire de l’invention de l’ancêtre du vélo moderne. Et un angle principal, pour que cet article multifocal ne donne pas l’impression d’un agrégat d’infos, d’un truc éclaté et décousu où l’on se perd au premier tournant : le vélo peut-il changer le visage de Bruxelles ? Ce qui donne de facto un rôle – ou en tout cas un potentiel – important à la bicyclette, en résonnance avec le titre « Le Dieu vélo ». Lequel m’est apparu lors de mon interview avec les deux têtes pensantes de Droit de Rouler et se Parquer ASBL (DRP), quand ils évoquaient la « foi » des pratiquants quotidiens du vélo. Ce titre résumait l’angle de l’article, le point de vue de ses adeptes et celui de ses pourfendeurs. Je l’ai d’ailleurs confié à Jacques Deliège de DRP, à la fin de notre entretien, qui s’est exclamé : « Aaaah, c’est bien, ça… “Le Dieu vélo”… Oui, c’est exactement ça ! »

Il ne fut pas difficile de faire parler les gens, pro ou « anti » vélo, politiciens, militants, sur ce sujet. C’est d’ailleurs ça qui me fascine le plus : en 2016, à l’heure des métros automatisés et des voitures sans chauffeur, la bicyclette, cet engin si rudimentaire, qui n’avance que grâce à la force de nos jambes, suscite tant de débats (et de plus en plus !), devenant une alternative crédible à la congestion automobile des grands centres urbains. La vraie difficulté, comme toujours quand on écrit un long article mais ici plus encore, fut de trouver une structure cohérente, un fil rouge qui tienne en haleine et « distribue » de façon logique les différentes parties du sujet, aussi large et touffu soit-il. La phase la plus cruciale, in fine ? Lire et relire les retranscriptions de mes entretiens, les livres, les articles, les documents, jusqu’à ce qu’apparaisse cette structure. Une fois qu’on la tient en main, l’article se déroule tout seul, d’une traite. Avec la dose d’émotion qui rend le récit foncièrement humain.

Quentin Jardon

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