Du scorpion à l’ours brun en passant par le chameau, la fouine et l’ara… Dans ce domaine du Brabant wallon surplombant la N25, des espèces du monde entier, victimes des caprices de l’homme, s’entassent derrière un portique digne d’un vieux ranch et gardé par un lama qui souffle à l’approche du visiteur. Tout le monde, même les pouvoirs publics, semble se ficher du sort des 500 bêtes qui y séjournent. Sauf Bernard. L’étrange maître des lieux les prend sous son aile depuis plus de quarante ans, bénévolement. Mais qui pourrait bien lui succéder aux rênes de L’Arche, l’unique refuge de Belgique à accueillir des animaux exotiques ?

 

Auteur: Sophie Mignon

Photographies: Éric Herschaft

Rubrique: D’Ici

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Making Of

Ce n’est pas comme au zoo. Où l’on observe de loin les animaux. Où l’on se demande s’ils sont tristes derrière leurs barreaux ou leur vitre. Quand je suis arrivée à L’Arche, j’ai d’abord été surprise. Par le lama partageant un enclos avec boucs et canards. Par les oiseaux aux ailes déployées dans la volière lointaine. Par l’odeur des excréments, bien plus nauséabonde que le fumier de nos campagnes. Et par la roulotte et le bric-à-brac de déchets en tous genres à l’extérieur du domaine, seaux en plastiques, bâches et fils barbelés. Et puis, la découverte s’est prolongée. Le chalet de Bernard et la chaleur qui y rayonnait. Les allées du domaine. L’antenne GSM plus haute que les arbres. Les ours séparés les uns des autres par un câble électrique. Les tigres à quelques centimètres de moi. Les loups, les fouines, les renards. Le béton, les barres de fer, la viande périmée pour nourriture. On y accorde moins d’importance, quand on sait que ces animaux n’avaient pas d’autre issue.

Comme un gosse, on ne peut pas s’empêcher d’être émerveillé, impressionné par la rencontre. Mais en tant que journaliste, si ce sentiment était agréable et bien présent, je ne devais pas le laisser prendre le dessus et veiller à tout le reste aussi. L’Arche n’est pas juste un paradis pour les animaux. L’Arche est une association qui doit se débrouiller et parfois frôler la magouille pour s’en sortir. L’Arche est le reflet d’un enjeu bien plus grand. Celui du sort que notre société réserve à ses animaux.

Et mes recherches sur cet aspect-là et la manière dont on a prêté attention à mon sujet ont été tout à fait révélatrices. Il semblerait que les animaux soient le problème de tout le monde et de personne à la fois. Depuis la sixième réforme de l’État, le bien-être animal, refuges inclus, est une compétence régionale. Toutefois, la santé publique et la protection de certains animaux selon une convention internationale restent fédérales. J’ai donc d’abord adressé mes questions à la Région wallonne et au ministère compétent. En deux semaines, je reçois quelques mails laconiques, avant d’être redirigée d’un service à l’autre. Puis, un long silence radio. Alors que je m’interroge sur une éventuelle prise en charge publique des animaux sauvages abandonnés en cas d’un départ à la retraite de Bernard, la position du ministre m’est fournie une semaine plus tard. En deux phrases. Au niveau fédéral, je serai mieux guidée. Mais là encore, la compétence est partagée entre plusieurs services. Et le cas de L’Arche est réellement « mixte », régional et fédéral.

Au fond, ces non-réponses en sont une à elles seules : tant que Bernard est là, tant qu’il recueille ces animaux saisis, abandonnés, blessés dont personne ne veut et qui ne parlent pas, tant qu’il gère tout cela bénévolement avec quelques subsides publics, pourquoi prendre ses responsabilités ?

 

Sophie Mignon

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