Sur le continent, son nom est célèbre mais son visage inconnu. Figure unique du journalisme d’investigation en Afrique, Anas Anas s’inscrit dans la lignée prestigieuse des enquêteurs undercover, comme Georges Orwell ou Nellie Bly. Celui que l’on surnomme « le James Bond du journalisme africain » a récemment frappé plus fort que jamais, faisant tomber une trentaine de juges pour corruption au Ghana, son pays natal. À la suite de cette affaire, Anas Anas, pourtant habitué à se protéger de ses puissants ennemis, a tout simplement « disparu en Une ». Portrait d’un personnage impossible à rencontrer.

Auteur: Isabelle Mayault

Illustrations: Nathan St John

Rubrique: D’ailleurs

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Making Of

C’était au tout début du mois de juillet, à Ouagadougou, où je vivais alors. J’y découvre l’excellente programmation du festival Ciné Droit Libre, et sa formule de « ciné-débat ». Un peu par hasard, j’assiste à la séance du documentaire Chameleon, consacré à Anas Anas. Surprise, il débarque dans la salle à la fin du film, avec le réalisateur, Ryan Mullins, et un journaliste d’investigation burkinabé, Newton Barry. Les spectateurs s’adressent à lui avec admiration. « Justicier des temps modernes », « James Bond du journalisme africain », les formules pleuvent. Anas s’exprime pendant une demi-heure sous son étonnant masque de perles. J’enregistre un peu par réflexe, découvrant alors ce que veut dire être journaliste d’investigation en Afrique.

J’ai tout de suite eu envie d’écrire sur lui, je commence donc un travail de veille pour voir si une actualité un peu plus saillante qu’une autre pourrait me donner le prétexte d’aller le voir et d’écrire son portrait. En septembre, la réalité dépasse mes espérances avec l’affaire des juges. J’appelle la rédaction du Crusading Guide, on me répond avec laconisme « Aucun problème pour voir Anas », il suffira de passer au journal quand je serai arrivée à Accra. Le sujet intéresse plusieurs journaux. J’imagine que les conditions de sécurité seront drastiques autour de lui, mais je ne me doute pas que je ne vais jamais réussir à le voir.

Dix-huit heures de bus plus tard, je me rends au Crusading Guide comme convenu. Là, Julian, l’un des journalistes de la rédaction, me donne le numéro de téléphone du rédac’ chef, Kweku Baako Jr., dont personne ne peut me dire à quel moment de la journée il passe généralement au journal. C’est de lui qu’il faut obtenir le feu vert pour réussir à rencontrer Anas. Entre temps, j’ai échangé avec Anas Anas via Facebook : il m’enjoint lui aussi à suivre cette procédure. J’appelle le rédac’ chef, toujours confiante à ce stade. Il faudra une semaine d’appels quotidiens pour entendre sa voix. Il m’assure s’occuper de ma requête. Puis le contact cesse.

Ce que les anglo-saxons appellent la track 2 diplomacy se poursuit sur Facebook, avec Anas Anas en direct, sans que date ne soit prise pour une rencontre. Est-ce trop risqué, trop voyant à ce moment-là de l’affaire ? Ce n’est pas clair. En l’absence de précisions, je ne sais pas si je dois laisser tomber l’idée du portrait, ainsi que les entretiens avec son entourage. Finalement, une nouvelle visite au Crusading me permet d’arracher un entretien au rédacteur en chef adjoint du journal, interrompu pendant son déjeuner. Je décide finalement de profiter de mon séjour de plusieurs semaines à Accra pour faire tout ce qu’il est en mon pouvoir de faire sur place, et d’aviser après.

Début décembre, je trouve dans ma boîte Facebook un message d’Anas Anas me proposant avec enthousiasme de se mettre au travail. L’orage s’était un peu dissipé, alors. Malheureusement, j’avais déjà quitté le Ghana depuis plusieurs semaines.

Isabelle Mayault

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