En 1789, les assaillants de la Bastille exigent la fin des privilèges de l’aristocratie. Trois ans plus tard, les armées françaises et le souffle révolutionnaire passent sur nos contrées. Leurs lois s’appliquent aux neuf « départements belges ». La noblesse est abolie. Viennent ensuite Napoléon, le régime hollandais, puis une nouvelle révolution en 1830. Pendant ces trois décennies, l’élite noble de l’Ancien régime accuse le coup. Mais ceux qui pensaient avoir creusé sa tombe vont se tromper lourdement…

Auteur: Olivier Standaert

Illustrations: Julie Joseph

Rubrique: Dossier

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Making Of

Noblesse et révolutions : l’association de ces deux termes, c’est d’abord une histoire de la violence, celle de la fin d’un monde, cet Ancien régime que l’on oppose aux « nouveaux » qui lui ont succédé. C’est chercher à comprendre comment les nobles ont traversé cette Terreur, ces nouvelles lois, la disparition de leurs privilèges. En 1989, le bicentenaire de la Révolution française a suscité une fièvre commémoratrice et une moisson d’études que seul le centenaire de 14-18, aujourd’hui, pourrait soutenir. Et l’on sait que la révolution charrie aussi ses mythologies, ses galeries de portraits, ses cortèges d’images et de récits plus ou moins vrais. Pourtant, ce qui a succédé à1789 n’est pas si différent, à bien des égards, de ce qui lui précédait. Reste l’onde de choc et sa place dans notre histoire collective. Elle est immense. Le travail préparatoire à un article sur le devenir d’un groupe social aussi distinctement visé par l’idéologie révolutionnaire, c’est précisément de sortir des sillons confortables et vivaces que tracent les ancestrales représentations des « sangs bleus », des sans-culottes, des Chouans, des Vendéens, de Danton, Robespierre et consorts.

La méthode est la même que pour la plupart des événements historiques : chercher les travaux de référence. Ils sont nombreux, français ou anglo-saxons, mais il y en a beaucoup qui peuvent se résumer à une approche technique (héraldique ou généalogique) de la noblesse, sans chercher à parler à d’autres qu’aux initiés. Beaucoup d’autres se focalisent sur des aspects très parcellaires de la question. Or, l’écriture de toute histoire démarre de son contexte et les études de référence sont celles qui parlent d’une époque dans son ensemble et sous tous ses aspects. Passée cette étape, il faut chercher la chair, les voix, les tissus, les encres. Comment les trouver et les faire parler ? On parle d’hommes et de femmes qui vécurent il y a 200 ans. Leurs traces ne sont pas si nombreuses. L’époque ne prêtait pas s’appesantir ou à crier haut et fort ses sentiments… Elles ne sont pas toujours compréhensibles, voire lisibles, sans un effort, une aide, un support. Le concours de l’historien belge de référence sur la noblesse, Paul Janssens, fut dès lors indispensable pour se repérer dans le dédale de sources. Une chose est sûre, le déclenchement de la révolution aurait pu s’écrire de bien des façons : il y a les lignes de force, les tendances lourdes ; les saillies conjoncturelles, les faits d’actualité ; et puis il y a les destins individuels et familiaux. Les vicissitudes de chacun des quelques milliers de nobles de 1789 auraient pu faire l’objet d’un récit, d’une micro histoire qui éclaire partiellement la grande histoire. Beaucoup ont souffert de la période révolutionnaire, certains n’y ont pas survécu. Mais cette ambition à durer le plus longtemps possible, cette soif de perpétuer un nom de génération en génération explique aussi pourquoi ces années-là n’ont pas tué, loin s’en faut, les nobles de notre royaume. Certains la quittent, d’autres y entrent. Mais la noblesse, même réduite à un statut honorifique, ne meurt pas. Les ultimes saillies pour l’abolir, lancées par les sénateurs libéraux flamands Vincent Van Quickenborne et Jean-Marie Dedecker, en 2002, peuvent être lues à l’aune de toute l’histoire de la noblesse depuis 1789 : souvent ciblée, souvent touchée, jamais abattue.

 

 

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