Depuis janvier 2014, des conservateurs-restaurateurs d’oeuvres d’art sont formés à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. L’objectif : préserver le patrimoine artistique matériel congolais et réparer les outrages du temps, les attaques d’insectes ou les ravages de l’humidité. Malgré une large “déportation” des oeuvres d’art du pays dans nos musées européens et dans les collections privées, il reste sur place de nombreux spécimens de haute valeur en train de dépérir. Telle une goutte d’eau dans le fleuve Congo, le travail de ces futurs conservateurs-restaurateurs serait pourtant d’utilité publique. Si on leur en donne les moyens.

Auteur: Nathalie Cobbaut

Illustrations: Amina Bouajila

Rubrique: D’ailleurs

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Making Of

Une semaine avec les futurs Art Doctors de Kinshasa

Si je n’en suis pas à ma première escapade en Afrique, je n’y avais jamais été avec mes carnets de notes, une armada de Bics et mon appareil photo en bandoulière. Généralement, les sujets que je traite sont plutôt belgo-belges et je n’ai pas vraiment l’habitude du terrain à l’étranger. Mais rien d’insurmontable, à condition de préparer son sujet. Avant le départ, vous recevez pourtant de nombreux conseils extrêmement rassurants : « Ne sors jamais seule, tu risques de te faire enlever », « Dès la nuit tombée de la nuit, il ne faut plus quitter son hôtel », « Fais-toi en permanence accompagner d’une personne de confiance ». Rien qui met d’emblée de jeu très à l’aise. À l’ambassade, en allant chercher mon visa, on m’avise que je dois demander des autorisations pour « filmer » : je précise que je suis journaliste en presse écrite. « Qu’à cela ne tienne, Madame, il faut aussi des autorisations pour la presse écrite. » Munie de la lettre d’invitation rédigée par Kathryn Brahy, de la Délégation Wallonie- Bruxelles à Kinshasa, et sans autres autorisations que celles recueillies auprès de tous les témoins interviewés lors de ce reportage, j’ai fait mon travail de journaliste, comme je l’aurais fait en Belgique ou ailleurs.

Je tiens ici à remercier mon guide et mon inspirateur, Georges Dewispeleare, qui m’a parlé avec enthousiasme de son projet en Belgique et qui, durant ma semaine à Kinshasa, m’a invitée à lui emboîter le pas, m’a ouvert les portes des salles de cours et celles auxquelles j’avais déjà frappé par mail depuis la Belgique. Il m’a aussi guidée dans la capitale certains jours de relâche ou en soirée, durant ces heures où il ne fallait pas mettre le museau dehors. C’est grâce à lui que j’ai emprunté les Ubers locaux, marchandé quelques babioles au marché artisanal, assisté à un spectacle de danse un peu surréaliste ainsi qu’au vernissage du vitrail de l’espace artistique Texaf-Bilembo, auquel Kathryn Brahy nous a gentiment conviés. Nos petits déjeuners à l’hôtel, tous les matins avant de rejoindre l’académie, étaient détendus et conviviaux.

Ma semaine sur le campus de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa s’est elle aussi déroulée dans le calme et la décontraction qui caractérise bon nombre de Congolais et ce, malgré bien des difficultés de vie auxquelles nous aurions beaucoup de mal à faire face au quotidien. Patrick Missassi, le directeur de l’Académie des Beaux-arts de Kin, m’a accueillie les bras ouverts, tout comme la responsable de la section Conservation-Restauration, Francine Mava, et tous les étudiants de la section qui m’ont expliqué chacun à leur tour leurs espoirs à l’issue de cette formation, mais m’ont aussi rapporté des fragments de leur existence. Gagner sa vie en accumulant plusieurs boulots, se soigner, payer les études des enfants, les loyers à Kinshasa, se déplacer en ville quand il pleut des seaux durant la nuit, assurer le bien-être des siens : cette semaine m’a évidemment donné l’occasion de me plonger dans les réalités de vie des artistes kinois, mais aussi d’échanger sur nos modes de vie respectifs. Lors d’une de nos conversations à la cantine du campus, Hervé fut abasourdi quand je lui ai demandé où je pouvais acheter du pili-pili pour mon compagnon. Quand je lui explique que c’est lui qui prépare les repas à la maison, il s’exclame : « La cuisine est pourtant un attribut exclusivement féminin ! » Et il rajoute : « Ton mari cultive ta paresse », pour ensuite éclater de rire. Sans animosité aucune, juste le choc des cultures et le fait de partager des points de vue. Je les remercie tous de s’être confiés et de m’avoir acceptée. De m’avoir aussi fait découvrir les brochettes de cigales et la Tembo, une bière ambrée : un vrai régal. En ce mois de mars où je rédige ce making of, Hervé et Francine sont en stage à Bruxelles à La Cambre. Je les vois demain chez Georges pour l’apéro : j’y amènerai Chimay bleue et Leffe brune et du fromage de Herve.

Nathalie Cobbaut

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