J’ai rencontré Gaza par une valise. Quatre valises pour être précis. Celles d’un homme, quarantenaire, malingre et fati­gué. Nous sommes au point de passage d’Erez, unique entrée dans la bande de Gaza, parcours du combattant pour atteindre les taxis en attente côté palestinien. L’homme est seul et tente de porter ses quatre valises. Une fois la douane israélienne franchie, il devra marcher plus d’un kilomètre dans un couloir sinistre à ciel ouvert, entre deux murs de béton armé, hauts de huit mètres. Puis il traversera péniblement un no man’s land fait de pierres et de ferrailles, vestiges d’habitations rasées pour créer ce point de passage. L’homme rentre chez lui avec ses valises pleines de produits de première nécessité : chaus­sures, savons, boîtes de conserve, vêtements pour son épouse et ses enfants. À peine entré dans la bande de terre tant fan­tasmée, déjà la prose de Mahmoud Darwich me hante. « Mon pays est une valise », me répète inlassablement la voix mono­corde du poète. L’homme exténué me regarde timidement. Il sourit. Gaza me colonisera par ses regards : ma Palestine est un album de famille.

Auteur : Nicolas Marsan

Illustration : Charlotte Fillonneau

Rubrique : D’ailleurs

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