Depuis mai 2015, le Danemark interdit les relations sexuelles entre hommes et animaux. Les associations de protection animale exultent, les zoophiles ne bronchent pas. Amours bestiales et proxénétisme de chevaux semblent persister au pays des Vikings… Mais la nouvelle loi laisse surtout en suspend une question d’éthique : au nom de quoi banir le « dyresex » ? Reportage chez les zoophiles, en terres danoises.

Texte de Chloé GladIllustrations de Laura Ancona

Rubrique: D’ailleurs

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Making Of

Quand 24h01 m’a proposé le sujet, tout paraissait clair. La zoophile, franchement : il n’y a pas 36 façons d’aborder le tabou. Les premiers articles lus, les premiers contacts et recherches me confortaient dans cette impression d’évidence. C’est aussi là que j’ai commencé à tiquer.

Le ton était moralisateur, parfois sensationnaliste. Des irrégularités dans le discours laissaient entrevoir une réalité compliquée. Un article parlait de viols sordides de chevaux pour dénoncer la zoophilie, quand le même journal publiait le témoignage anonyme et, osons le mot, modéré d’un zoophile. Et puis, d’autres écrits, de philosophes et de biologistes, ont commencé à nuancer le tableau. Ils présentaient toutes sortes d’éclaircissements, en laissant de côté l’excuse de la morale. J’ai compris qu’elle était là, la direction la plus sensée. Restait à décomposer le mille-feuille argumentaire.

Impossible de parler de zoophilie sans interviewer des zoophiles. C’est comme ça que je me suis retrouvée à passer mes soirées sur le forum zoophile BeastForum, à éplucher et traduire des centaines de messages, et à en envoyer des trois comptes créés spécialement pour l’enquête. C’est là que Danny est entré en scène. Au début, refus catégorique. En plus d’une interview, je devais aussi prendre des photos, pour un autre projet, ce qui l’a évidemment terrorisé. Mais petit à petit, en brossant dans le sens du poil (il aime être perçu comme un intellectuel), une rencontre s’est organisée. Vous connaissez la suite : il était si à l’aise qu’il m’a demandé une séance photo coquine avec son chien.

Pour Henrik, c’était un autre rythme : Ekstra Bladet, un journal danois, possédait ses contacts et me faisait patienter pour les avoir. Mais Henrik a rapidement débloqué la situation : il voulait se confronter aux journalistes, il voulait parler de lui, de son vécu. Il était, dans une certaine mesure, touchant. L’intérêt était tout aussi fort chez Patrik Drohn et Michael Kiok, les leaders de ZETA. Les médias, ce sont un peu leurs meilleurs ennemis.

Etape numéro 2 : rencontrer et questionner les protecteurs des animaux. Et là, grosse surprise. Dyrenes Venner n’a jamais répondu à mes demandes, DOSO non plus. Lene Kattrup qui en juin disait ne pas être disponible dans l’immédiat, a par la suite ignoré mes sollicitations pour une interview durant l’été. Je ne peux m’empêcher de penser que c’est un joli paradoxe, d’être aussi muet sur un problème qui passionnait autant quelques mois plus tôt.

Tant mieux tant pis : ces acteurs ont assez multiplié les déclarations publiques pour comprendre l’affaire. Avec le recul, le débat a péché par moralisme, heureusement avec quelques exceptions. Ce qui évidemment n’excuse en rien l’exploitation sexuelle des animaux.

Oui, j’ai été confrontée à des situations déplaisantes, à la pornographie animale et à des propriétaires de chevaux violés par des sadiques. J’ai écouté des zoophiles me déballer leur hagiographie sexuelle. Avec le recul, ils me font penser à de grands ados, maladroits et fauves. Mais aussi regrettable que soit la zoophilie, ce sont les raccourcis, les informations erronées et le travail d’investigation à moitié fait qui m’ont le plus mis les nerfs en pelote. J’espère que cette goutte d’eau journalistique aura contribué à la compréhension de ce complexe sujet de société qui, finalement, dépasse les strictes frontières du Danemark et de la zoophilie.

Chloé Glad

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