Ils s’appellent José, Franck, Jonathan et Frédéric. Quand je les rencontre en octobre 2012, ils font partie des trois mille paires de bras directement menacées de perdre leur emploi avec l’annonce de la fermeture de la phase à chaud par ArcelorMittal. La situation traîne alors depuis plus d’un an. Début 2013, Mittal ne leur fait pas de cadeau en annonçant la suppression de quelque 1300 emplois pour la phase à froid, leur volant ainsi leurs derniers espoirs. Depuis, ils naviguent à vue. Moins à la recherche d’un avenir pour l’acier, que d’un avenir tout court.

Je me suis rendu à Seraing un samedi comme les autres. Un samedi d’octobre de l’an dernier déjà oublié, mais qui m’a pourtant marqué. Un mois sanglant socialement pour la Belgique, terrible sur le plan économique. Cette semaine-là, l’entreprise Ford annonce la fermeture prochaine de son site de Genk, l’addition se chiffre à quelque dix mille emplois directs et indirects. Le monde de la sidérurgie, lui, ne se porte guère mieux. Six cents emplois pourraient disparaître chez Duferco-NLMK à La Louvière, dans une énième convulsion de ce qu’il faut considérer comme les restes du secteur sidérurgique encore présent en Europe occidentale.

Samedi matin donc, en route pour Seraing. Gare de Bruxelles-Central, le panneau électronique du quai numéro 1 annonce le train pour Genk – Liège. Une ironie en guise de trait d’union social.

Du côté de Seraing et d’ougrée, le ciel s’est dernièrement teinté de couleur pourpre qui ne doit rien aux fumées rougeâtres des hauts fourneaux. Au soir du 14 octobre, le Parti des Travailleurs de Belgique y a signé un résultat significatif : cinq sièges à Seraing, quatre à Herstal, deux sièges à Liège et un à Flémalle. En bord de Meuse, ça n’étonne pas. Et certainement pas les ouvriers de chez Mittal.

« Le PTB est le seul parti qui s’est engagé à nos côtés. Ils étaient les seuls à soutenir le maintien d’une sidérurgie intégrée, coûte que coûte, quitte à nationaliser. Des mots que les autres partis et même les socialistes n’ont pas osé utiliser ! » José, métis trapu approchant la cinquantaine, boit un troisième café avant de se rendre au boulot. Il est opérateur sur la ligne à froid de Kessalles où il termine une semaine de travail à pauses. 14 – 22 h. Dans son salon, des peintures et des masques rappellent son zaïre natal. Le port de Matadi, les remous du fleuve Congo. Bien loin d’ougrée et de cette région dans laquelle il débarque, la majorité à peine entamée, en septembre 1978, « dans le froid de l’hiver belge ». « Ma première nuit passée en Belgique, c’était à Oupeye. Au petit matin, le ciel était en feu. Les fumées de Chertal. Je me disais : c’est pas possible, mais où est-ce que je suis tombé ? C’est un ciel que je n’oublierai jamais. »

Auteur : Damien Roulette

Rubrique : Dossier Hors cardre

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