Voici plus de vingt ans que le service militaire obligatoire a été suspendu en Belgique. Aujourd’hui, certains s’en souviennent en soupirant : « Le service militaire ? Totalement inutile ». D’autres le vénèrent : « L’armée m’a tout appris ». Entre les deux, 1 752 428 points de vue différents – comme le nombre de Belges appelés sous le drapeau entre 1948 et 1994. Cinq miliciens partagent ici leurs expériences. Ils ont fait leurs classes en 1954, 1967, 1972, 1985 et 1990. De moins en moins nombreux, retenus pour une période de plus en plus courte, ils ont toutefois maintenu une tradition jusqu’au bout : les entorses au règlement.

Auteur: Catherine Joie

Rubrique: Dossier

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Making Of

Expliquer à qui que ce soit que l’on travaille sur la question du service militaire est une bénédiction. Il suffit de prononcer les deux mots magiques (« service » et « militaire ») pour que les témoignages affluent. C’est assez logique, quand on pense au 1,7 million de Belges qui ont été appelés entre la Seconde Guerre mondiale et la suspension du service militaire. Il y a de la matière.

Les anecdotes qui ressortent, une fois les deux mots magiques prononcés, sont souvent plus croustillantes et plus révélatrices les unes que les autres. Telle personne a fait le mur un dimanche et n’est pas monté dans le tram qui allait l’emmener à la caserne, parce qu’il voulait profiter quelques heures de plus de sa petite amie. Telle autre personne avait tellement peu de choses à faire à l’armée que ce qu’elle a finalement réellement appris, c’est à jouer au golf. Cet homme-là a opté pour le service civil et est parti deux ans à Madagascar pour un projet d’ingénierie sociale. Celui-ci s’est fait passer pour un fou auprès de l’armée pour échapper au service, et celle-là s’est tellement investie dans son rôle qu’elle est tombée en dépression. Cette personne-là… Et ainsi de suite.

Il a donc fallu trancher. Choisir quatre ou cinq histoires à développer parmi la multitude de récits entendus à gauche et à droite. L’idée était d’opter pour des parcours militaires différents : un officier chez les blindés, un gestionnaire de mess, un para-commando, un marin et un milicien non gradé dans une unité combattante. Mais aussi de choisir des origines géographiques différentes : Gand, Bruxelles, Han-sur-Lesse, Wavre et Tubize. Et enfin – c’est peut-être le plus important – pour des décennies différentes : 1954, 1967, 1972, 1985 et 1990.

Les cinq témoignages diffèrent. Ils montrent une certaine évolution du service militaire : au niveau du nombre de miliciens qui composaient le contingent belge, au niveau du contexte national et international en vigueur à chaque époque, etc. Il y a cependant une constante entre ces cinq témoignages : aucun des cinq anciens miliciens ne m’a exprimé un profond regret concernant la suspension du service militaire. Il y en a bien l’un ou l’autre qui a évoqué le fait que le service pourrait être utile aujourd’hui pour recadrer ou pour guider certains jeunes. Mais de là à soutenir le retour du service obligatoire…

Catherine Joie

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