Selon les Nations Unies, 150 millions de réfugiés du climat devraient être déplacés d’ici à 2050. De la Chine à l’Allemagne, du Tarn au Tchad en passant par les Maldives et l’Alaska, le collectif de photographes et journalistes Argos a arpenté le globe à la rencontre des premières victimes du réchauffement climatique.

Texte de Aude Raux

Photographies de Collectif Argos / Picturetank

Rubrique: Dossier

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Making Of

L’être humain est toujours au cœur des reportages du collectif Argos, association de photographes et de rédacteurs basée à Paris. En 2001, la découverte des articles de presse consacrée à la publication du deuxième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous a donné l’envie d’incarner cette problématique présentée, à l’époque, uniquement à travers des graphiques. En faisant des recherches, un chiffre a retenu notre attention : selon les prévisions de l’Organisation des Nations Unies, « environ 150 millions de réfugiés du climat devraient être déplacés d’ici à 2050 ». Notre idée : partir à la rencontre des premières victimes du changement climatique. Convaincus que, dans notre société de surabondance de l’information, on croit être informé quand on sait or, on ne sait pas tant qu’on n’a pas, non seulement compris, mais aussi ressenti. Nous voulions ainsi imprimer les consciences. Comment ? En donnant un visage à cette problématique. Encore fallait-il trouver des histoires de vie racontant la souffrance de l’exil forcé à venir de ces personnes. Un exil parfois même sans possibilité de retour, leur terre pouvant être tout simplement rayée de la carte. Comme sur l’archipel de Tuvalu dont les habitants pourraient devenir des apatrides d’un genre nouveau, une fois leur pays d’origine englouti par les flots.

Les cinq photographes et les trois rédacteurs embarqués dans le projet intitulé « Réfugiés climatiques » se sont alors plongés dans les rapports scientifiques. Ont rencontré des experts du climat. Ont tapé des mots clefs sur Internet. Ont constitué des revues de presse. Et consulté des ouvrages spécialisés. Notre périple a commencé en novembre 2004 par l’Alaska où se pose le problème du dégel des sols arctiques pour se poursuivre aux îles Tuvalu, Maldives et Halligen (en Allemagne) afin de témoigner de la montée du niveau des mers ; en passant par le Tchad et la Chine gagnés par la désertification ; le Bangladesh qui subit l’inondation des deltas ; le Népal victime de la fonte accélérée des glaciers ainsi que les Etats-Unis où les cyclones sont de plus en plus violents. Neuf Etats à travers le monde pour montrer que le changement climatique est une réalité déjà en marche. Et susciter une prise de conscience sur le risque de la perte d’une pluralité culturelle.

Dans l’optique de dessiner le visage des Réfugiés climatiques, nous avons pris le temps. Chacun de nos reportages, menés jusqu’en 2009 s’est fait au long cours. Nous avons séjourné une première fois pendant trois semaines sur le terrain, puis nous y sommes retournés. Parce que la première fois, on cherche à répondre à toutes les questions que l’on se pose. Et c’est seulement lors du deuxième séjour que l’on peut laisser davantage de place au hasard et donc à la rencontre que le philosophe Alain Badiou définit ainsi : « la rencontre est un élément contingent, hasardeux, dans l’existence (…) la vertu d’accepter que quelque chose arrive qu’on n’avait pas prévu. » Accepter l’imprévu donc pour permettre de belles rencontres. Enfin, chacune de nos histoires a reçu la caution de scientifiques que nous avons interviewés avant notre départ, sur le terrain et à notre retour.

Cinq années… Cinq années de réunions hebdomadaires, entre les membres du collectif, ponctuées de coups de gueule. Cinq années de boîtes mails saturées. Cinq années d’enthousiasme et de découragement. Cinq années – surtout – de démarchage intensif auprès des institutionnels (principalement l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’Ademe) pour financer notre ambitieux projet à l’heure de la crise de la presse. Heureusement, notre série documentaire a rencontré l’intérêt des magazines et des quotidiens. Réfugiés climatiques a également fait l’objet de l’édition d’un livre (Carré. éd. 2010. Version anglaise, Climate Refugees, The MIT Press Cambridge) et d’une exposition présentée, notamment, à la 15ème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 15), en 2009, à Copenhague.

Reste à passer à l’action. Chacun, à son niveau, peut agir. Et c’est l’ensemble des comportements qui, mis bout à bout, permettra de ne pas dépasser le seuil alarmant d’un réchauffement de plus de 2° C par rapport à celui de 1850 d’ici à la fin du siècle. Soyons ingénieux et cessons de croire que tout va se régler par la croissance. Car la croissance illimitée n’a pas de sens dans un monde aux ressources limitées. Gardons en tête cette phrase du philosophe français Henri Bergson : « L’avenir, ce n’est pas ce qui doit arriver mais ce que nous ferons ».

C’est avec un réel bonheur que je me suis replongée dans cette période de la vie du collectif Argos pour le mook 24h01. D’autant que nous venons de boucler une nouvelle série documentaire sur cette même thématique, mais cette fois porteuse d’espoir. Après avoir dénoncé l’impact humain du changement du climat, avec Réfugiés climatiques, nous sommes repartis enquêter en France et dans le monde, toujours soucieux de mettre un visage sur cette problématique. Objectif de ce nouveau projet intitulé Empreinte : être le passeur d’histoires de femmes et d’hommes qui mettent en oeuvre des pistes de solution afin de réduire notre empreinte carbone.

Aude Raux

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