Où sont passés les trains au Liban ? Il est un temps pas si lointain où le tout petit Pays des Cèdres servait de passage clé entre l’Orient et l’Occident. Les villes de Paris, Istanbul, Beyrouth, Damas, Jérusalem et Le Caire étaient reliées par des chemins de fer légendaires. Mais la région est aujourd’hui divisée par les guerres et les frontières sont fermées. Au Liban, plus aucun train ne roule depuis 25 ans. On dit que les rails sont les artères d’un pays, ici plus que partout ailleurs cette métaphore se confond avec la réalité. Dans un État paralysé par les crises économiques et sociales, on attend en vain le retour du train.

 

Auteur: Jehanne Bergé

Scénario: Stephane Taquet

Illustrations: Ziad Sader

Rubrique: BD

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Making Of

J’étais à Beyrouth depuis quelques mois déjà quand j’ai découvert par hasard l’existence d’anciennes voies de chemin de fer au Liban. Après quelques recherches et discussions, j’ai vite compris que l’histoire des rails et l’histoire des souffrances du peuple libanais étaient profondément liées. Je me suis dit que c’était beau, poétique et qu’il fallait en parler.

Un beau matin, j’ai envoyé un mail à 24h01 pour proposer un sujet autour de cette mystérieuse histoire de trains. La rédaction m’a directement répondu, ils aimaient l’idée et voulaient même l’adapter en BD. Une BD ? « Mais je suis journaliste, pas bédéiste. » (C’est à peu près ce que je me suis dit). Je suis rentrée en Belgique pour quelques jours, on a fixé les choses : j’écrirais le texte avec l’aide du scénariste belge Stéphane Taquet et le dessinateur libanais Ziad Sader illustrerait les 15 planches. Nous étions fin novembre, je ne me rendais pas encore compte de la montagne de travail qui nous attendait.

De retour au Liban, j’ai commencé mon enquête. Remonter la trace du chemin de fer a été bien plus difficile que je ne le pensais. Les cours d’histoire officielle s’arrêtent en 1943, date de l’indépendance du pays. Après, plus personne n’est d’accord sur la suite des évènements, alors le temps s’arrête purement et simplement. Du coup, la mémoire, ce n’est pas leur fort au Pays des Cèdres. Pour remonter dans le passé, il a fallu fouiller. Cette enquête ressemblait à un grand puzzle auquel il manquait beaucoup de pièces…

Petit à petit, semaine après semaine, j’ai commencé à y voir plus clair. J’ai rencontré les quelques experts du domaine : Eddy Choueiry, Elias Maalouf, Zeina Haddad et Tatig Tendjoukian. Aussi, dès que je croisais quelqu’un de plus de 50 ans, je lui demandais : « Vous avez connu le chemin de fer, vous ? » et j’ai ainsi récolté un maximum de témoignages. Enfin, à force d’insister, j’ai fini par obtenir un entretien avec Ziad Nasr, directeur de l’Office des chemins de fer au Ministère des transports publics (parce que oui, aussi absurde que ça puisse paraitre, plus aucun train ne roule depuis plus de 25 ans mais l’administration du chemin de fer est toujours bien vivante).

Une fois les informations récoltées, il était grand temps de commencer le scénario. On a fait pas mal d’allers-retours de mails avec Stéphane Taquet pour trouver la bonne voie, le meilleur ton, le fil rouge. Il y avait énormément à raconter en 15 planches seulement, ce n’était pas simple. Mais la machine s’est mise en marche et le dessinateur, Ziad Sader, a rejoint l’aventure. Avec lui aussi, tout a commencé par quelques ajustements : trouver le style, le bon rythme, la juste sensibilité. Et puis c’est parti, la BD a vu le jour. Chaque semaine sortait une à deux planches. Je les découvrais chaque fois avec beaucoup d’émotion.

Au total, nous avons réalisé ce BD-reportage de 18 pages en 4 mois. C’était un sacré challenge mais on l’a relevé et, pour être honnête, j’en suis heureuse et fière. J’espère qu’elle saura informer et transporter le lecteur.

En espérant que le train au Liban soit un jour autre chose qu’une histoire… Inch’Allah.

PS : Je tiens à remercier tous ceux qui ont participé de près ou de loin au projet par leurs éclairages, leurs conseils ou simplement leur soutien. Au Liban et en Belgique, je suis certaine qu’ils se reconnaîtront…

Jehanne Bergé

 

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