Pas de réchauffement climatique > arguments d’un climatosceptique

« Le CO2, c’est un bouc émissaire qui génère du pognon »

Istvan-Marko_une

 

Que se passe-t-il dans la tête d’un climatosceptique ? En marge de l’article « Le blues du climatologue » paru dans son dernier numéro (05), « 24h01 » est partie à la rencontre d’un professeur de chimie de l’UCL très dubitatif face à la question du réchauffement. L’occasion de confronter les fausses idées des « négationnistes du climat » à des arguments scientifiques.

 

L’adversité, István Markó connaît ça. À croire même qu’il la cherche : en 2013, il publiait Climat : 15 vérités qui dérangent, sorte de bible du climatoscepticisme. De quoi mettre le professeur de chimie organique sous le feu des critiques et… des projecteurs. Parfois décrit dans les médias comme la brebis galeuse de l’UCL, banni par certains de ses collègues qui ont monté une pétition contre lui en 2012, honni par les environnementalistes qui le qualifient de « négationniste du climat », l’homme est une grande carcasse débonnaire qui se déplace tranquillement dans les couloirs de la faculté de chimie, un café à la main, un sourire en coin, prêt à dérouler son rouleau climatosceptique. Un discours qui mitraille ce qu’il considère comme de la « magouille honteuse » et qui fait mouche face à celui qui n’a pas les armes scientifiques pour lui donner la réplique. Le genre de rhétorique bien rôdée. Sans faille apparente. Et, quand il ouvre le feu, bien calé dans le fauteuil de son bureau, István Markó ne s’arrête plus.

Le CO2 ? Une tête de turc ! « Ce gaz, c’est le bouc émissaire sur le dos duquel on se fait plein de pognon. » Pour le professeur de l’UCL, le postulat de base des climatologues est erroné : le CO2 n’est pas capable de modifier significativement la température globale, car il est mineur en tant que gaz à effet de serre. La vapeur d’eau s’avère 250 à 600 fois plus puissante que lui. « Et puis vous savez ce qui dérange Al Gore et ses camarades ? » Le professeur de chimie pivote alors son écran et fait défiler des graphiques. Des courbes, encore des courbes à en avoir le tournis… Celles d’István Markó, « des œuvres d’éminents climatologues aux quatre coins du monde », démontrent que dans l’histoire climatique, la variation de la température globale a toujours précédé la variation de la concentration en CO2… et non l’inverse. Un phénomène dû aux océans, qui absorbent le gaz carbonique quand l’air est plus froid et le relarguent quand il se réchauffe. D’où le décalage… « Troublant, hein ? »

Réponse des climatologues : Depuis quelques années et la publication de travaux récents, on sait que le déclenchement de périodes de réchauffement dans l’histoire du climat s’explique par des variations de l’orbite terrestre, un phénomène amplifié par la hausse du CO2. Si le réchauffement de l’Arctique a précédé l’augmentation du gaz carbonique, cette hausse a néanmoins précédé le réchauffement de la planète entière. Le point de rupture, c’est l’insolation de l’Arctique. En se réchauffant, le pôle va modifier les courants marins et ainsi déclencher un largage important de CO2.

La Terre qui se réchauffe ? Des foutaises ! « Ça fait maintenant dix-neuf ans que la température de notre planète n’a pas augmenté d’un iota. Mais personne ne veut l’admettre ! » Nous serions ainsi sur un plateau haut depuis une vingtaine d’années, forcément plus chaud que le plateau bas du lustre précédent. « La réalité ne suit pas les courbes des modélisations. Dans dix ans, il fera sans doute plus froid ! »

La température moyenne des 30 dernières années, qui permet de se dégager des variations de court terme (comme les oscillations océaniques ou les éruptions volcaniques) est en augmentation constante depuis 1975. En outre, les modèles faisant intervenir l’augmentation des gaz à effet de serre corroborent avec les observations, contrairement aux modèles qui ne tiennent pas compte de ces gaz depuis 1970. Seul ce facteur de long terme explique l’augmentation des températures sur les dernières décennies.

Les glaciers qui fondent aux pôles ? Pour István Markó, on fait dire ce qu’on veut aux images… « Sur les trente dernières années, l’Antarctique a pris 1 million de km2 de glaces. Mais on préfère nous montrer des vidéos de glaciers qui s’effondrent – phénomène dû au demeurant à une activité volcanique souterraine… La majorité des événements qui se produisent à l’échelle globale ne sont pas de notre responsabilité. On nous dit que la science est pointue mais on ne connaît que peu de choses. On ne sait même pas expliquer comment se forment les nuages, ni calculer les interactions entre trois corps célestes ! »

Selon les modèles climatiques, l’Antarctique restera effectivement plus froid que l’Arctique pour trois raisons : son altitude, son climat continental et un courant particulier qui l’isole des courants marins chauds en provenance des tropiques. Les modèles avaient même prévu que le réchauffement pourrait générer plus de précipitations, donc plus de glaces. Sauf que depuis 2007, les études font état d’un scénario plus pessimiste à cause du glissement de plaques, entraînées par la fonte des côtes. Par contre, en Arctique et au Groenland, la fonte des glaces est bien réelle et plus rapide que prévu.

Les climatologues ? Tout sauf indépendants. « Imaginez un scientifique en Belgique qui publie soudain un rapport remettant en cause le réchauffement : non seulement il ne recevra plus aucun financement, mais en plus il sera sans doute radié de l’institution qui l’héberge. » La « pire espèce », à ses yeux, ce sont les climatologues modélisateurs : ils ne font que des mathématiques en simulant des paramètres qu’ils ont eux-mêmes altérés. « Lesquels, pourquoi ? Allez savoir ! » Il appelle les décideurs à utiliser les énormes quantités d’argent dépensées dans la modélisation « qui ne sert à rien » dans des choses « utiles pour la nature et la société » : la reforestation, la dépollution des eaux, la lutte contre le gaspillage… Car István Markó se dit amoureux de la nature. Cet enfant de l’Ardenne, où ses parents hongrois ont atterri alors qu’il n’avait que quatre mois, parcourait autrefois les grandes étendues de sa région, s’émerveillait devant la forêt, se baignait dans les rivières. « Aujourd’hui, je n’oserais même plus mettre un pied dans la Lesse ! »

La modélisation intègre une somme énorme de données concrètes et chiffrées que seuls des ordinateurs puissants peuvent calculer. Ces modèles ont été confrontés avec succès avec la réalité, en tenant compte notamment des données historiques. La modélisation fait partie intégrante de la science expérimentale depuis plus de trois siècles avec la réussite que l’on connaît. Réfuter la modélisation, c’est réfuter la science moderne.

Vient enfin le coup de butoir, la dernière flèche de son arc climatosceptique : le Groenland. Lors de l’optimum médiéval (un pic de chaleur de plusieurs siècles), vers l’an 1000, les Vikings débarquent sur un immense territoire inconnu, aux confins du cercle polaire arctique, qu’ils nomment le Groenland. « Le pays vert, vert ! » s’exclame István Markó. Le hors-la-loi Eric le Rouge et ses camarades cultivent, élèvent, construisent… Puis, avec l’arrivée du petit âge glaciaire des siècles suivants, certains Vikings quittent le Groenland – les autres meurent de froid. « Et aujourd’hui, on découvre des vestiges médiévaux sous la glace… Vous n’allez pas me faire croire qu’ils ont construit leurs maisons sous la glace, hein ? » Alors, quand István Markó entend des scientifiques déclarer à la télévision qu’il n’a jamais fait aussi chaud depuis 10 000 ans, il s’étrangle.

Les Vikings se sont installés dans la partie sud-ouest de l’île, qui a toujours bénéficié d’un climat plus clément et qui, aujourd’hui encore, présente de belles plaines herbageuses. D’autre part, ce nom aurait été choisi par Éric le Rouge pour séduire les colons, pour des raisons de « marketing politique », selon les historiens. A une époque où il faisait certes plus chaud qu’aujourd’hui, mais pendant une période restreinte et sous des latitudes septentrionales uniquement.

Le professeur de chimie se sent « très isolé ». Parce qu’il est refoulé de certains débats publics et parfois traîné dans la boue. Parce qu’à ses yeux, on prend la science en otage, on donne au public une vision tronquée de la réalité « au nom d’un agenda politique, financier et dogmatique caché ». En deux mots comme en cent : « De la magouille honteuse ».

Quentin Jardon

 

Pour lire des rapports scientifiques contre les idées fausses des climatosceptiques, rendez-vous sur :

http://www.elic.ucl.ac.be/modx/elic/index.php?id=315

http://proclimweb.scnat.ch/portal/ressources/1502.pdf

http://23dd.fr/climat/les-climatosceptiques/climatosceptiques-objections-et-reponses

 

Commentaires

commentaires

Une réponse

  1. Depassage

    Woops, un clin d’oeil vs orthographe: adresse publiée car s’accorde…cela dit, contenu intéressant et accessible

    Répondre

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